vendredi 24 juin 2011

E.Coli et EColo sont dans un bateau

 Par les temps qui courent, le bio en agace plus d' un. Ceux qui ont passé leurs vies à défendre l'agriculture intensive et qui ne supportent pas de voir les linéaires des magasins se remplir de produits bios. Ceux qui travaillent pour l'industrie agro-alimentaire, l'agriculture conventionnelle, les firmes phytosanitaires productrices de pesticides, et que ce raz de marée inquiète quant à leur avenir professionnel. Ceux qui pensent que les producteurs bios ont vendu leurs âmes et leurs sandales au diable, en cédant aux sirènes du Grand Capital, approvisionnant massivement les centrales d'achat des poids lourds de la GD comme Carrefour ou au champ, Auchan pardon. Ceux qui n'aiment pas les modes, le AB de l'agriculture biologique devenant aussi tendance que le CC de Coco Chanel.

  La tragédie des graines germées bios contaminées par la bactérie E.coli qui a provoqué la mort de 36 personnes en Europe a ainsi fourni à ses plus farouches détracteurs une occasion rêvée de critiquer la bio. De grands quotidiens ont ouvert leurs colonnes à des professeurs d'université, des experts de la question agricole, des sommités en tout genre, qui nous expliquent que rien ne prouve que les produits bios sont plus sains que les produits issus de l'agriculture conventionnelle, que le tragique événement que l'on vient de vivre peut même nous inciter à croire le contraire. D'autres ajoutent qu'il est de surcroit illusoire de penser qu'il sera possible de nourrir un jour la planète entière avec la seule agriculture bio. Un journaliste des Echos nous apprend enfin dans l'édition du 14 Juin que "les consommateurs, dans les tests à l'aveugle, sont loin de préférer les produits bios aux produits non-bios". Oui Monsieur.

 Haro sur la bio ! E.coli et écolo sont dans un bateau. Ecolo tombe à l'eau. Qui reste-t-il ?

 Seulement voilà, depuis cet épisode tragique, d'autres cas de contaminations de nourriture par la bactérie tueuse ont été constatés, le dernier hier à Bordeaux, où sept personnes viennent d'être hospitalisées. Peut-être des gens ayant dégusté des vins bios à Vinexpo ? Et mon cul, c'est du steak haché ?

 Il y a quelques mois, j'avais lu un article du Figaro (personne n'est parfait) (même pas moi), où on apprenait l'inquiétude des scientifiques par rapport à l'arrivée de nouvelles bactéries super résistantes aux antibiotiques qui pourrait rapidement engendrer une crise sanitaire majeure (ICI). J'espère que nous ne sommes pas entrain d'en vivre les prémices. Il ne fait toutefois aucun doute que la volonté de nos politiques de relancer une campagne d'information sur l'usage "raisonné" des antibiotiques est en rapport avec ce risque. Car l'apparition de ces nouvelles bactéries est une réponse de la nature à l'usage immodéré des antibiotiques dans les "fermes" d'élevage intensif, un phénomène de résistance du vivant comme on peut en constater en viticulture avec le mildiou ou l’oïdium et l'inefficacité  grandissante des produits de synthèse (ICI), ou encore avec l'amarante qui est devenue la meilleure amie du Roundup bien que tout semblait les opposer au départ (ICI) . En usant des antibiotiques à outrance, on élimine les bactéries les plus sensibles à leurs propriétés mais on laisse par contre le champ libre aux plus résistantes, aux plus virulentes, qui ont alors tout loisir pour proliférer et finir dans nos assiettes. J'avais déjà relaté sur ce blog (ICI)  un épisode de ma nouvelle vie de vigneron où j'avais pu discuter avec un éleveur de volailles en batterie qui m'expliquait que depuis que les farines animales étaient interdites dans l'alimentation des dindes, les éleveurs étaient obligés de les bourrer d'antibiotiques pour éviter un taux de mortalité trop important. J'ai parlé depuis avec mes poules des conditions d'élevage particulièrement sordides de leurs congénères. Là, tout près, à seulement 25 Km de Fleurie. Elles en eurent la chair de poule. "Pas question de picorer la moindre pilule !" m'ont-elles chanté à l'unisson. "Des graines germées, à la rigueur, si les vers de terre meurent à cause du cuivre que tu balances dans tes sols." (de quoi je me mêle)

 
 Heureusement, nos dirigeants, dont le seul dessein, qui les a d'ailleurs amené à entrer en politique, est l'amélioration du bien-être de leurs administrés, cherchent des solutions pour limiter l'usage des antibiotiques dans les élevages à l'origine du développement de ces nouvelles bactéries tueuses. Et ils ont eu une idée de génie, je dois le reconnaitre; réintroduire les farines animales dans l'alimentation des animaux (ICI). Pas bête, non ? Très humain, je dirais même. Et si les vaches redeviennent folles, on les enverra chez les psys. On peut aussi refuser de manger toute cette daube et manger bio, où l'usage des antibiotiques est strictement réglementé et l'utilisation des farines animales interdite. Parce que contrairement à ce que certains esprits chagrins affirment, l'agriculture bio n'est pas réactionnaire, mais bien le seul mode de culture qui nous permettra de sortir à terme des impasses où nous mène l'agriculture intensive. L'homme vit au sein d'un écosystème aux interactions fragiles et n'est pas le maître d'une Nature qu'il aurait dompté. Tous ces exemples de résistance nous le prouvent et l'agriculture biologique est la seule agriculture qui nous permet de sortir de ce schéma anthropocentrique sans avenir. Je vous mets pour terminer un dernier lien, pour aider ceux qui hésiteraient encore entre le camp des bios et le camp des antibios (ICI).