jeudi 3 novembre 2011

Hugh

   La hache de guerre est de nouveau déterrée entre les blogueurs amateurs de vins et les journalistes professionnels de la filière. Cette fois c'est au tour de Nicolas de Rouyn, journaliste chez Bettane et Desseauve de pousser la chansonnette, façon Castafiore, où les verres de dégustation du bataillon de blogeurs venus assister au concert se brisent en mille morceaux.devant la performance vocale de la Diva (ICI). On attend la réponse du camp adverse, elle ne saurait tarder; "Viens boire un petit coup à la maison" façon Licence IV, avec le maestro Olif à l'accordéon ?

   Le caractère virtuel de ces échanges contrarie notre capacité d' empathie naturelle et offre même aux moins vaillants d'entre nous, que la peur de prendre un coup de poing dans la gueule en d'autres lieux inhibe, l'occasion de défendre avec ardeur leur conception de la vérité. D'où des propos tranchés, assez vifs, voire très vifs, quand ils ne sont pas border line, quand la ligne n'est pas franchie. Je pourrais rester tranquillement assis sur ma chaise au bord du ring et me délecter du combat que se livrent les deux camps, dans cette version dématérialisée du noble art, où les coups font plus mal à l'égo qu'à la mâchoire. (pour le foie, ça se vaut). Seulement voilà, l'issue de cette joute verbale m'intéresse, puisqu'on s'interroge de part et d'autre, sur la crédibilité des discours tenus, et sur in fine la légitimité des uns et des autres à distribuer les bons points aux pauvres vignerons dont je suis.

 Chacun avance ses arguments; Pour les uns, qualité d'écriture, où l'égo s'effacerait derrière le sujet, longue expérience du monde du vin et de la dégustation ayant permis l'élaboration d'un référentiel propre, autorisant des prescriptions fiables  pour les amateurs ayant choisi de s'en remettre à leur jugement.
 Pour les autres, absence d'à priori, indépendance et liberté éditoriale, et l'expression du droit au plaisir simple de boire du vin, sans considérer la dégustation comme une entreprise codifiée où il s'agirait de hiérarchiser les vins les uns par rapport aux autres, comme il est coutume de le faire dans les guides.

 Je simplifie bien sûr, le désaccord ne s'exprime pas aussi simplement, les camps ne sont pas aussi tranchés, les lignes de démarcation sont difficilement matérialisables, mais il n'en reste pas moins, qu'on assiste comme à une sorte de querelle des anciens et des modernes, où les blogueurs amateurs seraient les modernes (bien qu'ils préfèrent souvent les vins refusant les progrès de l'oenologie :-), puisque les premiers à avoir occupé la toile pour dire leur amour du vin quand les professionnels, à quelques exceptions près, continuaient à prêcher la bonne parole sous un format papier dont "l'absence de gratuité" leur assurait les sources de financement nécessaires à leur activité professionnelle. Une place sur la toile que les professionnels ont donc tardé à occuper et qu'ils ont bien du mal aujourd'hui à trouver, au milieu des centaines de blogs des non professionnels. Surtout que les règles de la communication sur le net changent. Ou plutôt, qu'il n'y a plus de règle ! Certains blogueurs vont jusqu'à s'autoriser à émettre des jugements négatifs sur des vins, des producteurs, des négociants, des cépages même, ce que la déontologie interdit au journalistes. (Sauf lorsqu'il s'agit d'exprimer un point de vue sur les blogs :-) Bien que je m'interroge sur l'opportunité que représente pour un vigneron la présence de ses vins dans tel ou tel guide quand ils ont été notés 13 et que des dizaines d'autres vins des mêmes appellations figurent dans le même classement avec des notes plus élevées, on peut y voir comme une sorte de discrimination positive :-)   
 
 Ceci étant dit, j'en viens au cœur du problème. Lorsqu'on ne s'appelle pas Humbrecht ou Lapierre, que les blogueurs citent volontiers :-), lorsqu'on n'est pas propriétaire de Cheval Blanc ou de Rayas, que les journalistes citent volontiers :-), lorsque de surcroit on est un néovigneron comme moi, qui n'a pas pignon sur rue et pour qui vendre ses vins est une lutte de chaque instant, et qui par conséquent ne peut se passer d'aucune source de prescription, d'aucun canal de communication, cette guerre de tranchée ne nous facilite pas la tâche. Je n'ai pas envie de choisir mon camp. L'interprofession nous sollicite pour des dégustations, je présente mes échantillons. Ils sont sélectionnés par les dégustateurs, tant mieux ! Un blogueur aime mes vins et écrit un billet là dessus, j'en suis flatté. Je n'ai pas pour autant une attitude de girouette, je trace ma route quant au type de vin que je veux faire, c'est la dessus que j'ai des exigences, pas sur le public qui va boire mes vins, pas sur qui est apte ou non à les juger. Je travaille à essayer de faire un vin qui me plaise en espérant qu'il plaira à d'autres, c'est aussi simple que cela. Après, mes exigences vont peut-être m'amener à rencontrer des difficultés dans l'agrément de mes vins, ce qui me mettra hors des circuits de dégustation organisés par les interprofessions auprès des professionnels, mais c'est une autre histoire !

Bon, je retourne hiberner. A dans 4 mois.

10 commentaires:

  1. Est-ce que l'homme blanc a coupé beaucoup de bois cette année ? :-)
    Rendez-vous à la fin de l'hiver donc !
    François

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  2. Excellent commentaire sur le commentaire. Bien vu et bien dit. Bravo et merci pour le lien.
    Signé : La Castafiore

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  3. Blague dans le coin, j'adore ce blog. Un mec quelque part a dit que c'était un blog desprogien, c'est pile ça. Je ne sais pas (encore) ce que la viticulture gagne à t'avoir, mais je sais ce que le monde de la rédaction, la presse, par exemple, perd.

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  4. Merci Nicolas. Tu peux faire passer mon CV à Michel Bettane s'il te plait ?

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  5. Tant que tu sulfites un tout petit peu, pas de problème ;-)

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  6. Ah! c'est donc ça le critère pour passer chez Bettane? Les sulfites..! C'est vrai qu'un vin sans sulfites, c'est un peu comme une soupe sans sel ou un baiser sans moustache...
    La bise à Michou de ma part, alors, je ne me suis pas rasé ce matin.

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  7. Tes propos sont bien sulfureux Olif, je pense que tu peux envoyer ton CV aussi :-)

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  8. Ben moi, Lilian, j'ai beaucoup de réticence à chiosir un camp. Je me sens à la fois journaliste par le métier, et sans faire de fausse modestie, je pense que ce devrait être un école d'humilité. Et puis j'adore le foisonnement des blogs, parce que ça nous apporte un vent de liberté, et une meilleure idée de ce que pense les lecteurs. Je trouve pitoyable de jeter l'opprobre sur l'un ou l'autre des deux camps, d'autant qu'il y a du bon et du moins bon dans deux côtés. Seulement, j'aimerais que les blogs qui ont des liens avec des éditeurs, des producteurs ou des organisateurs de foire l'affichent clairement. On comprendrait mieux leurs prises de position. On ne les en respecteraient pas moins, au contraire.
    Personnellement, je fais de mon mieux pour résister à tintes les sirènes, j'essaie de faire mon boulot de manière honnête, et mon humilité vis à vis des producteurs n'est pas feinte, je pense que nous ne sommes que des passeurs. Malgré tout, c'est un rôle important aussi, et tout ce qui mérite d'être fait mérite d'être bien fait. Laissez nous vivre!

    Hervé

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  9. Désolé, je tape trop vite, autant de fautes d'accord en si peu de lignes, ce n'est pas très sérieux pour un journaliste;

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  10. Ah,toujours à créer des désaccords ces journalistes ! des fautes d'accord, pardon. :-) Hervé, votre commentaire est inutile, tout au moins aux lecteurs de votre blog qui savent (pour parler comme les belges :-) votre honnêteté intellectuelle et votre ouverture d'esprit. Au plaisir de croiser un jour votre route et vivant, plutôt que mort !

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