lundi 22 novembre 2010

Nous sommes tous des bouviers bernois

 Hier matin, visite d'un couple d'allemands qui tous les ans au moment des primeurs parcourt les routes du Beaujolais pour remplir le coffre de la voiture de Beaujolais Nouveau. Ça se traduit pas en allemand "le beaujolais nouveau, c'est de la merde" ? Y'a pas un Jean-Pier  Koff chez eux pour nous massacrer le goulot tous les ans ? Bien que le notre, depuis qu'il fait ses courses chez Leader Price, il est devenu gentil. Son cousin bosse peut-être chez Lidl ?

 J'étais en train de faire des cartons quand ils sont entrés dans le local bouteille sans crier "GARE !!!!!" (j'ai jamais compris cette expression alors en allemand). On s'est serré la paluche "- bonjour" ,"- glutamate" j'ai répondu (j'ai fait un peu d'alemen à l'école), puis on a traversé la cour pour s'installer dans le caveau de dégustation (parce que chez moi le beaujolais nouveau, on le déguste). Monsieur parlait un français plus que correct (ouf !), Madame était moins à l'aise et quand ça devenait trop dur pour elle, devant la richesse du vocabulaire avec laquelle j'ai l'habitude de m'exprimer, son mari faisait l'interprète. Au fait, comment on dit "poireau" en allemand parce qu'avec Klaus on a pas trouvé ? 

 Je pose mes petites bouteilles sur le tonneau, banane en tête, qu'il attrape vigoureusement pour la présenter à sa femme. (??) Et il me dit un truc du style "bien cette bouteille banane, c'est une espèce de synthèse entre Magritte et Andy Warhol".

 J'ai compris que ce gars était pas venu là pour parler peinture. Pendant que j'ouvrais ma bouteille, je le voyais jeter un oeil au triptyque accroché au mur, de mon copain Bernard qui fait dans le dripping à la manière de Pollock, mais en mieux.




  Je sers les verres, il prend le sien, met le nez dedans en fermant les yeux, genre super concentré. Ca a duré comme ça plusieurs secondes et j'étais suspendu à ces lèvres allemandes. Alors, was is das ? Ça schmell gütt ? je pensai très fort. Et là y s'tourne vers sa femme et lui dit un truc en allemand et moi je dis ouais ouais et y s'retourne vers moi et y m'dit vous parlez allemand  et moi je lui réponds pas du tout pourquoi ?

Alors ? Qu'est-ce que vous en pensez ? je lui demande (en français) et il me répond "très bien" "très bien" en opinant du chef. Moi qui ai toujours été un farouche défenseur de l'idée d'une unité franco allemande sur la gouvernance de la zone euro, ça m'a fait vachement plaisir. J'avais mis le crachoir au milieu du tonneau, mais ils en ont pas eu besoin. Après il m'a dit tout un paquet de trucs super bien sur mon vin, même que j'ai repensé à ce que me disait ma mère que faut pas croire mais que dans toutes les races y'en a des biens.

 Je leur ai fait ensuite déguster mes vins du millésime 2009. Il a moyennement apprécié mon Fleurie futs de chêne. "j'aime pas trop le bois, je suis pas américain" y m'a dit, avec son accent, je m'en serais douté.

 A chaque fois que je lui servais un verre, il sortait dehors pour mieux en apprécier les arômes. Ce gars là, je me suis dit à nouveau, il est pas venu là pour parler peinture et il a un bon anorak. J'ai même fini par lui demander si chez lui, il mangeait pas dehors pour mieux apprécier le vin qu'il buvait. Il a fait ah ah ah parce que ça l'a fait rigolé, après il a traduit à sa femme et elle a fait hi hi hi.

  Au bout d'un moment, il a fini par me lâcher que c'était un ami de Marcel Lapierre, que ça faisait genre trente ans qu'il trainait ses guêtres dans le Beaujolais. Direct, je lui ai proposé d'aller gouter les 2010 en cave, le genre de truc qu'il faut pas proposer à n'importe qui quand t'as fait n'importe quoi (mais non je l'ai pas dit). J'y suis allé franco, je lui ai fait gouter mes cuvées les plus "intéressantes" (j'aime bien ce mot, ça veut rien dire). Le moulin d'abord (et pourquoi pas?), que je trouve tellement bon en ce moment que l'autre jour j'ai eu envie de lancer un apéro Facebook "Rendez-vous aux Bachelards à Fleurie à 18H. J'ai un foudre de 41hectos de Moulin qui goûte de la mort. Venez nombreux ! (amenez votre verre et votre slip de bain, la saône est pas loin)". Klaus et sa femme ont apprécié mais j'avais jamais entendu ça, Klaus supporte mal le manganèse des moulin, ça le rend malade. Vous connaissiez vous, ça ? D'ailleurs l'après-midi, c'est drôle, nous avons eu la visite d'une géologue qui bosse au CNRS et on a parlé sol, mais j'y viens. Oui, j'y viens.

  Je lui ai fait ensuite goûter le foudre de fleurie du clos  où les arômes encore en bouton sont en train de s'épanouir (c'est beau hein ). Et bien Klaus, en fin dégustateur, il me l'a trouvé la violette, oui Monsieur. Il faisait des petits arrondis avec sa main à hauteur du visage , bouche ouverte, penchant la tête en arrière et moi je lui ai dit  "persistance ?", "oui, persistance ! il y a du vin la dedans!" qu'il m'a répondu lui qui savait manifestement ce qu'il faut dire aux vignerons pour leur mettre le cœur en joie. Bon j'arrête, y' a rien de plus qui m'énerve que les mecs qui passent leur temps à faire l'article de leurs vins. C'est d'ailleurs écrit avec une pointe HB, vous pouvez gommer sans problème si ça vous dérange.

  On est retourné au caveau. Ils m'ont dit qu'ils voulaient plein de bananes, même qu'on a tous été déçus parce que je leur en avais réservé que 18, je savais pas que les allemands aimaient les bananes. On s'est resserré la paluche dans l'autre sens, je leur ai dit de m'appeler quand ils arriveraient en Allemagne pour nous dire qu'ils étaient bien arrivés, comme ma mère avec moi quand je pars de chez elle, il a bien rigolé mais j'ai pas entendu sa femme faire hi hi hi la portière était déjà refermée.

  Ils sont repartis, il devait être pas loin de 14 heures, même que j'ai mangé froid, c'est un comble en cette saison. Je m'apprêtais à faire ma sieste samedicale quand mon portable a sonné. C'était la dame du dessus (dans le texte, la géologue) qui voulait savoir si je pouvais la recevoir pour lui vendre du vin. J'ai fait une croix sur ma sieste parce que les affaires c'est les affaires. De toute façon, avec le boulot que j'ai en ce moment, je suis un peu stressé et je fais des cauchemars pendant la sieste.

  Je descends, la dame était accompagnée d'un monsieur. Ils m'expliquent qu'il est d'Aix les Bains, qu'elle est d'Aix en Provence et qu'ils sont amateurs de Beaujolais-Villages. Je leur dis donc vous vous êtes rencontrés à Aix histoire de leur montrer que si ici on fait du bon vin, on est pas mal aussi niveau déconne. La dame avait à la main le spécial vins du Point, merci monsieur Dupont.

 C'est reparti pour le caveau. Beaujolais-Villages donc. Ils goûtent. Ils aiment. Fleurie. Ils goûtent. Ils aiment. (mais tu vas la fermer ta grande gueule de prétentieux !!). Puis on papote. Puis la dame me dit qu'elle est chercheur (chercheuse?) au CNRS. Géologue. Qu'elle bosse avec des vitis dans le sud, qu'elle travaille à la mise au point d'un engrais bio. Qu'elle peut me filer plein d'infos sur les sols, que je lui écrive, qu'elle encadre des étudiants en master de géologie et qu'elle peut peut-être m'aider dans ma compréhension de mes sols. Je lui parle du bouquin de Kermit Lynch, mes aventures sur la route des vins et cette histoire de groseilliers qui influençaient le gout du vin, qu'il s'en était rendu compte après que ceux là eurent été arrachés, que les vins du clos des bachelards sentaient la violette et que le sol était parsemé de pensées sauvages de la même famille botanique des violacées. Elle m'explique que les plantes par leur racines peuvent modifier la structure du sol dans lesquelles elles poussent, et que le sol à son tour influence les autres plantes telles la vigne, et qu'elle peut me donner des infos la dessus par mail.

 Et bien moi, j'ai très envie de lui dire merci à monsieur Hasard pour ces belles rencontres de gens intéressants et sympathiques comme quoi dans toutes les races y en a des bons.  Ah ah ah.




hi hi hi.

samedi 20 novembre 2010

j'irai cracher sur vos tombes

 Ça y est, le Beaujolais Nouveau a été arrivé, on va pouvoir parler d'autres choses. C'est bien pour certains qui vont pouvoir commencer à se détendre. A lire leurs diatribes sur le net à propos de ce vin  pourtant si délicieux, (je parle du mien, les autres sont dégueulasses), je m'inquiétais un peu pour leur santé. C'est vrai, c'est pas bon de s'énerver comme ça, c'est un coup à faire de l'hypertension. Y manquerait plus que le beaujolais nouveau soit à l'origine d'une épidémie de crises cardiaques.

 Avec internet, chacun peut désormais exprimer son point de vue sur tout et n'importe quoi. Ces millions de commentaires journaliers constituent pour les chercheurs en science humaine une matière d'une richesse inégalée à la compréhension de la nature humaine. Quand ils auront fini de démêler tout ça, j'ai quand même bien peur qu'on soit un peu déçu par le résultat de leurs analyses. En attendant qu'est-ce qu'on peut perdre comme temps à lire comme conneries.

C'est marrant d'ailleurs cette haine que suscite ce breuvage pourtant si agréable à boire (je parle du mien).  Pourquoi ce vin cristallise t-il à ce point toutes les crispations ? Parce qu'on y met du sucre ?

 Pourquoi ce torrent d'insanités déversé par des hordes teigneuses que le parfum exubérant du Beaujolais nouveau semble exciter comme le sang le squale ?


 Bon, on trouve quand même quelques défenseurs de la cause (qui a dit perdue?), pour le côté festif de la chose, l'occasion unique qu'elle nous donne de célébrer le vin, même s'il est pas au top (sauf le mien), qu'elle offre de ressortir les accordéons et le costume folklorique du grand-père des placards (quand je pense à toutes ces robes de mariées qui pourrissent dans les armoires, bouffées par les mites, ça me met hors de moi !).



 Le problème c'est que nos défenseurs, après avoir pris le risque insensé de défendre le beaujolais nouveau et les vignerons qui le font (chérie, viens voir, on parle de nous!), terminent parfois par un truc du style ; "Alors oui, je vous le dis, le beaujolais nouveau, c'est pas QUE de la merde !" et de continuer en citant des milliers, non, des centaines, non, des dizaines alors ?, non plus, mais deux ou trois viticulteurs qui font EUX de super primeurs, allez, quatre, pour ceux dont l'amour du beaujolais nouveau frise l'idolâtrie (excuse Chérie, on parle pas de nous, tu peux retourner dans la cuisine). Genre exception qui confirme la règle en gros, et à part machin (Monsieur Machin) et truc (Monsieur Truc), qui peuvent continuer à faire du bojo nouvo, les autres dehors, allez planter des bananes le long de la Saône (vive le réchauffement climatique). C'est que ça va finir par devenir très pointu ce machin. "- Bonjour, je viens à la soirée privée Beaujolais Nouveau. - C'est la petite salle au fond du couloir à gauche". Heureusement qu'il y a  la RVF pour soutenir le beaujolais nouveau (le gros du bataillon je veux dire), d'ailleurs ça serait bien d'aller mettre un commentaire sur leur site pour réconforter les dégustateurs parce qu'ils ont l'air d'en avoir bavé avec le 2010.


 Sinon, moi, j'ai eu quelques retours sur mon bojo, du genre "Génial, on dirait pas du Beaujolais nouveau !" et j'ai répondu "merci pour le compliment !" parce que ça m'a fait plaisir, ou "je suis déçu, on dirait pas du Beaujolais Nouveau." et j'ai répondu "merci pour le compliment !" parce que ça m'a fait plaisir, mais pas de la même façon, si vous voyez ce que je veux dire (parce que moi je vois pas), tout en étant un peu embêté quand même d'avoir perturbé mon interlocuteur dans l'idée qu'il se fait du Beaujolais Nouveau. Mais comme en général, on ajoute "mais c'est bien quand même", ça me soulage et ça me fait vraiment plaisir, mais un plaisir un peu complexe que je suis incapable de décrire, si vous voyez ce que je veux dire, parce que moi je vois pas. En gros, je sais plus très bien quoi penser de tout ça, qu'on a peut-être un peu forcé le trait et c'est vrai qu'on peut s'interroger sur l'opportunité du rouge à lèvres sur une bouche naturellement pulpeuse. Mais si l'emphase avec laquelle Malraux  déclamait ses textes nous fait aujourd'hui sourire, faut il pour autant reconsidérer le génie de son œuvre ?  Malraux et le bojo,  même combat ! Comme l'amour qui est enfant de bohème, faut il pour autant crier au loup et demander sa reconduite à la frontière ? Comme quoi tout sujet mérite une vraie réflexion et toute réflexion mérite surtout un vrai sujet, si vous voyez ce que je veux dire, parce que moi je vois pour le coup. Bon, je vous laisse, j'ai plein de cartons à préparer et malheureusement ça va pas se faire tout seul.



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dimanche 14 novembre 2010

Le petit Beaujolais Nouveau

 Voilà, mes bouteilles sont dans leurs cartons. Avant de me lancer sur les routes pour un long périple de livraison, je voulais remercier ceux qui m'ont permis de réaliser mon premier Beaujolais Nouveau. Mes amis pour leur aide dans les vignes et à la cave, ma famille pour son soutien indéfectible, les cavistes et les restaurateurs qui ont décidé de me faire confiance, et surtout un homme extraordinaire sans qui rien de tout cela n'eut été possible, mon embouteilleur. Parce que c'est quand même plus pratique quand il est en bouteille le vin. Je voulais remercier également le groupe Saint Gobain et après j'arrête parce qu'on n'est pas aux césars, pour sa nouvelle bouteille ECOVA plus légère donc plus écologique mais plus chère mais plus légère donc plus écologique.

 Tiens, en parlant de césars, je suis allé au cinéma avant hier voir les petits mouchoirs. J'ai cru que c'était un film pour adultes sur les plaisirs solitaires, avec un titre un peu subtil, genre gorges profondes ou on a sauté sur Saïgon.


Résultat des courses, plus de 2 heures sans voir le moindre sein, la moindre fesse. Moi si j'avais du choisir un titre pour ce film, j'aurais proposé "des rires, des larmes, des baillements et des huitres", au moins ça donne une idée plus claire de ce que tu vas voir. Des rires, parce que c'est vrai que parfois on rie. Une bonne série de gags et de dialogues plutôt drôles qui mis bout à bout aurait permis à ce  film de concourir pour la meilleure bande annonce au prochain festival de Cannes. Des larmes, parce qu'à force de voir les acteurs chialer, tu fais pareil. On appelle ça l'empathie, une disposition que d'après l'éthologue Frans de Waal, on partage avec les grands singes, mais en moins développée. Enfin au moins tu  te dis que t'as quand même bien fait prendre des Kleenex. Des bâillements, parce qu'on y baille beaucoup et pour le coup, c'est pas parce que tu vois les autres bailler, tout le monde est dans le noir, mais parce que ce film a pas mal de longueurs. Des huitres enfin, parce que ça se passe dans le bassin d'Arcachon , même qu'un des copains de la bande est huitrier et à la fin d'ailleurs, c'est lui qui fait le marchand de sable pour dire que le film est fini et qu'y faut aller se coucher (mais je vous raconte pas tout, allez le voir, c'est géééniaaaal (prenez une lampe torche et un bon bouquin quand même)).

 Peut-être avez vous vu ce film et vous me trouvez dur dans mes critiques. Mais vous croyez que je suis insensible aux attaques récurrentes que subit le Beaujolais Nouveau peut-être ? 

 Bon, je dois y aller, je vais profiter de quelques rares rayons de  soleil en cette saison pour terminer le labour de mon clos. Il faut que j'arrive à "casser" un peu l'herbe avant l'hiver, sinon au printemps prochain, ça risque d'être très difficile de s'en débarrasser. A demain pour la critique du saigneur des anaux, un film très bien parait-il. 

dimanche 7 novembre 2010

seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse

 Je ne  réponds quasiment jamais aux commentaires qu'on me laisse sur le blog. En fait, je supporte mal qu'on me coupe la parole, même quand j'ai fini de parler. Le silence qui succède à la musique de Mozart n'est-il pas de Mozart ?  Alors,à quoi bon ces commentaires où on parfois l'impression d'enchainer direct sur le petit bonhomme en mousse de Patrick Sébastien ?

 Quand je vois l'énergie que je déploie à tenter d'éveiller les consciences aux dangers du nucléaire, à la menace que représentent les ogm, à la catastrophe écologique dont l'agriculture intensive est responsable, et qu'on me retourne en commentaire "Bravo Lilian pour tes prises de position. Si tu passes dans le coin, n'hésite pas à t'arrêter, j' t'emmènerais dans un resto super sympa où y font les meilleures frites du monde !! :-))", y'a de quoi faire une déprime, même si j'adore les frites, bios, bien sûr, parce que j'ai des convictions.

 En fait je mens. (T'aimes pas les frites ? Mais si j'aime les frites, j'te parle pas de ça, t'es con ou quoi?!) Si je ne réponds pas aux commentaires, ce n'est pas que je les trouve inintéressants. Je me dis même que c'est une chance d'avoir un blog commenté par des collègues vignerons et autres soulographes,  parce que, y'a pas à dire, quand t'as l'habitude de vivre avec trois grammes dans le sang, t'es quand même plus intéressant que celui qui est à jeun en permanence, je sais pas d'ailleurs si c'est l'histoire de l'œuf ou de la poule, faudrait y réfléchir. Non, si je réponds pas aux commentaires, c'est parce que je veux devenir numéro un au classement wikio des meilleurs blogs du vin, ce serait une sorte de consécration de mon travail de vigneron (??), parce que je crois que pour les médailles dans les concours, ou la double page dans la RVF, c'est mal barré, eu égard que pour le soufre dans les vins, je sais pas trop ce que je dois faire, qu'est-ce vous en pensez vous au fait ? Mais c'est quoi le rapport avec les commentaires, vous vous dites, alors que c'est à moi qu'il faut poser la question.

 En fait, y'a un truc que j'ai remarqué me concernant, c'est que quand je mets un commentaire sur un blog, j'aime bien y retourner jusqu'à ce que le blogueur me réponde à son tour un truc du genre "Lilian, entièrement d'accord avec toi. Sinon, le steack, à la maison la dernière fois, tu l'a trouvé comment ?". Alors moi, je réponds par un nouveau commentaire du style "saignant :-))" ou  "par hasard, sous une frite :-))", parce que chez les soiffards, en plus d'être intelligents, on adore la déconne  :-). Mais s'il me répond pas tout de suite, je vais sur son blog cinq fois, dix fois, attendant fébrilement sa réponse et le smiley derrière, tout en sachant que ça gonfle à mort ses stats de visite, et que ça me bouffe des points pour le classement wikio, mais je peux pas m'en empêcher.

 C'est pour ça, comme je suis un être normalement constitué, je me dis que tous les blogueurs doivent  fonctionner comme moi. Et qu'en ne répondant pas à leurs commentaires, j'allais faire exploser mes compteurs ! :-))  Au début, j'avais même pensé modérer. Comme ça ils viennent en deux vagues successives ; la première pour verifier si t'as accepté la publication de leur prose, la deuxième pour attendre ta réponse. Mais moderer, c'est refusé le droit d'expression à tous, et ça, tu vois, je peux pas, je milite trop souvent pour la démocratie sur ce blog que ce serait aller trop à l'encontre de mes convictions, même si maintenant y'a Facebook pour que chacun s'exprime librement et dise qu'il a froid aux pieds ou qu'il a un morceau de poulet coincé entre deux dents, bio le poulet bien sûr, parce qu'on a des convictions, mais quand même, j'peux pas.

  Donc je ne réponds pas et mes stats grimpent. Le problème, c'est qu'au bout d'un moment, quand on répond pas à tes commentaires, tu finis par te dire mais qu'est-ce que c'est que ce connard prétentieux qui daigne même pas répondre, il en a rien à foutre ou quoi de ce que je lui raconte ? Allez, dégage avec ton blog minable ! Résultat, t'as perdu un lecteur et une place dans le classement wikio. Bon, y'a bien des exceptions comme Iris, Isabelle, Antonin ou François de Bourgogne Live qui mettent des commentaires partout sur tous les blogs et qui doivent plus très bien savoir si on y a répondu. Gamins, y devait y avoir un bordel dans leurs chambres. Y' a Laurentg aussi qu'est bien si tu sais pas quoi ouvrir comme bouteille le soir pour aller avec ton bolino. Mais comment faire pour les autres ? J'ai trouvé la parade, je vous la donne, vous serez gentil de ne pas trop en abuser. De temps en temps, genre une fois par mois, histoire que ça gonfle pas trop ses propres stats quand même, tu vas sur le blog de l'intéressé et tu lui laisses un commentaire à ton tour genre "Bravo ! Formidable ! Magnifique billet ! Je suis entièrement d'accord avec toi" et vous voila rabibochés pour un mois. Sans compter que tu peux mettre un lien vers ton blog perso au passage dans ton commentaire, c'est vraiment tout bénéf. Tout ça, ça parait rien, mais ça m'a permis de faire une entrée remarquée dans le top 20 des blogs du vin en octobre et d'être classé 13ième aujourd'hui. Alors les BL, Olif, Delmas peuvent commencer à chier dans leurs frocs, j'arrive.

 Sinon, on fait la mise en bouteilles de notre beaujolais nouveau demain.


J'ai encore quelques bouteilles qui cherchent preneur. Si cela vous intéresse, vous pouvez me laisser un commentaire, je me ferais un plaisir d'y répondre.

vendredi 5 novembre 2010

Ne jetez pas la pierre à la femme adultère

  La question sulfureuse de l'intérêt du soufre dans les vins est un sujet sur lequel les amateurs de vin adorent se crêper le chignon.  Comme je suis pour la paix des ménages, j'ai décidé d'en remettre une couche en donnant à mon tour mon avis là-dessus, éclairé, il va sans dire.

 Par les temps qui courent, on prend moins de risque de se faire taguer la vitrine de son blog, en affirmant que le soufre est une saloperie dont les vignerons devraient pouvoir se passer plutôt que le contraire, le "va donc, eh chimiste" étant en passe de devenir aussi populaire que le fameux "casse toi pauv con". D'ailleurs quand on lit les blogs de vignerons,  à quelques exceptions près, on a l'impression que toute la viticulture française est passée au bio et que l'ensemble des vignerons refuse à la cave l'emploi de la chimie (berk, rien que d'écrire le mot, j'en ai des boutons plein l'ordinateur). On nous aurait menti  alors ? Non, rassurez vous ! La viticulture conventionnelle et les vins sulfités continuent d'exister ! Ouf !! (??)  C'est juste que les vitis conventionnels communiquent moins, c'est tout. En même temps, j'imagine un blog où on pourrait lire "aujourd'hui, désherbage chimique de printemps; passage de 2,5 litres hectare de roundup sur sept hectares au programme."  Pas très glamour quand même. C'est vrai que c'est un peu plus facile de communiquer sur tes pratiques, quand tu fais partie, comme moi, du monde des gentils qui aiment la planète et la respectent autant qu'ils aiment leurs frères humains et respectent leur santé. D'ailleurs toi qui me lis, tu ne peux pas imaginer combien je t'aime. (tu permets que je te tutoies ? Qu'est-ce que tu fais demain soir ?)

 Alors si le discours, "je bois des vins sans soufre, j'en suis fier et je t'emmerde" peut encore en agacer certains, il faut bien dire que le "je t'emmerde" à quand même moins de charme que jadis. Il y a d'ailleurs un truc que j'ai remarqué à ce sujet lundi soir en regardant des chiffres et des lettres chez ma mère c'est que jadis et radis ça s'écrit presque pareil. Et aussi que sodomies, ça fait, mine de rien, un mot long de huit lettres, ce dont je ne m'étais jamais rendu compte avant qu'Arielle, l'experte lettres de l'émission,  ne le fasse remarquer aux téléspectateurs, tout en signalant au passage que la sodomie elle était pas spécialement adepte, c'est vrai que le sujet peut faire débat aussi (je vous conseille de pas rater le zapping cette semaine, je pense que ce grand moment de télévision ne leur aura pas échappé, vous verrez, c'est collector.).

  J'en étais où ? Ah oui, je parlais des biens pensants qui boivent des idées. Il est donc temps pour moi, dans la mission d'information des masses que Dieu m'a confiée à travers l'écriture de ce blog d'entrer dans le vif du sujet, après cette longue mais nécessaire introduction, même si ça se discute.

 D'abord pour prouver mon impartialité, prérequis indispensable à  un examen non partisan de la question des vins sans sulfite , je vous informe que j'ai toujours refusé d'appartenir à aucun clan, sauf au clan de ceux qui ne veulent appartenir à aucun clan. Donc, je ne fais pas partie du club des amoureux des vins sans sulfite, je ne fais pas non plus partie de l'amicale de la boule lyonnaise de Fleurie. Par contre, je m'interroge régulièrement sur l'opportunité d'une adhésion au club des amoureux des vins avec sulfite.  Je ne fais pas mon coming out, rassurez vous. J'essaie juste de vous prouver que je suis objectif, en prenant, d'abord le parti des méchants. J'endosserai plus tard le costume du gentil, genre thèse antithèse, où tu passes deux plombes à prouver par A + B quelque chose pour ensuite passer à nouveau deux plombes de plus à prouver le contraire pour terminer enfin par faire la synthèse de tout ça où en gros tu finis par dire que tu sais plus trop, mais attention, de manière argumentée. Et ben moi, je vous le dis; la dialectique inhérente à l'examen philosophique de toute chose, telle qu'on nous l'enseigne à l'école depuis toujours, a fait de nous une civilisation de couilles molles. Et j'en finis même par penser que c'est pas plus mal que la philo ait une coefficient minable au bac, sinon on aurait à la tête de notre nation une bande d'incompétents incapables de prendre les décisions indispensables au bienêtre des citoyens. (??)


 Allez, d'abord la thèse :
- Les vignerons ne sont pas tous des êtres pervers qui mettent du sulfite dans leurs vins pour le plaisir d'emmerder les asthmatiques et les gens intolérants à l'aspirine.
- Les vignerons ne mettent pas non plus du sulfite dans leurs vins pour vous donner mal à la tête ou  vous filer la niflette le lendemain d'un repas bien arrosé avec du mauvais vin trop sulfité (mais non je l'ai pas dit).
- Alors pourquoi ils mettent du sulfite alors ? Parce que le sulfite est un outil qui facilite le travail du vigneron. D'abord lors de la phase de vinification, ce que l'on a tendance parfois à passer sous silence. La transformation du jus de raisin en vin nécessite deux phases ; la fermentation alcoolique (la FA) assurée par les levures, qui transforme les sucres du raisin en alcool, puis la fermentation malolactique (la FML) assurée par les bactéries lactiques  qui transforme l'acide malique en acide lactique, pour la faire simple.  Un peu comme les kiss cool en gros.(je schématise pour ceux qui seraient en train de lire tout ça après une recherche du style "prix de revient du carambar" sur Google, comme j'ai pu le constater cette semaine à la lecture de mes stats de visite (n'importe quoi les algorithmes chez Google)). Le problème, c'est que parfois les bactéries s'activent un peu trop tôt, qu'elles terminent la FML avant la fin de la FA et métabolisent les sucres résiduels. Et là, pa, parfois pata et dans les cas extrêmes, patatras. Le vin présente un caractère aigre doux plus ou moins marqué que les pros appellent la piqure lactique se traduisant en terme analytique par une montée de l'acidité volatile du vin. Y'a des gens que ça pertube pas trop, voire qui apprécient, d'autres, dont les dégustateurs qui délivrent les agréments de mise sur marché des vins, exemple pris au hasard, qui apprécient moins. Et bien les bactéries sont plus sensibles au sulfite que les levures. Nombre de vignerons sulfitent donc les raisins à l'encuvage, mettant en "sommeil" les bactéries, permettant à la FA de se dérouler plus sereinement. Parfois, cela à une conséquence néfaste, c'est que la FML tarde à se déclencher, obligeant parfois à chauffer les vins autour de 18-20° afin de créer une ambiance favorable à la malo, parfois à ensemencer le milieu en bactéries lactiques du commerce, parfois à attendre le printemps prochain que les FML se déclenchent naturellement avec le réveil de la nature et la montée des température. Mais en minimisant les risques de piqure lactique, le sulfite à l'encuvage peut permettre d'éviter de devoir dans un deuxième temps appliquer des remèdes de cheval pour retomber sur un vin "marchand". Le sulfite a d'autres propriétés intéressantes pour le vinificateur. Il facilite l'élevage et la conservation du vin après la mise en bouteille de part ses propriétés antioxydantes et aseptisantes évitant le développement de bactéries ou la prolifération de levures de type brettanomyces qui ont pour particularité de donner aux vins des odeurs pas très sexys, du style odeur d'écurie, bien que on se demande bien à notre époque qui est encore capable de savoir ce que sent réellement l'écurie, à part les cheiks arabes qui boivent rarement du vin en plus.

 Ajoutons que le sulfite n'est pas un allergène, mais est "seulement" responsable de réactions d'intolérance à ce produit, parfois désagréables mais non responsable de modification physiologique durable de notre organisme, par la production d'anticorps par exemple. Enfin, on diabolise le sulfite présent dans le vin, en oubliant que le sulfite est présent dans beaucoup d'autres aliments. Ce sont les E22 quelque chose que l'on peut trouver dans la "composition" des fruits secs, de la moutarde, des poissons, des yaourts aux fruits... Il est même vaporisé sur les étals de poissons pour limiter les risques d'altération. Alors, on veut bien porter le chapeau mais bon, ça va cinq minutes.

Antithèse(pour ceux qui n'ont pas encore bousillé leur écran de colère):


Et ben le contraire en gros. Qu'en simplifiant avec le sulfite le travail de vinif, t'as des chances de simplifier aussi le goût de ton vin. Que le sulfite n'est pas hypra sélectif dans son action, qu'il inhibe des trucs pas franchement intéressants certes, genre brettanomyces, mais qu'il peut aussi inhiber au passage des trucs qui ajoutent à la complexité aromatique du vin et que ça, ça pose un peu question à celui qui veut toucher au Nirvana en buvant du jaja. Attention, quand même à l'overdose (Kurt, on t'oubliera jamais).
Et puis aussi que le sulfite peut entrainer parfois des gouts de réduction, style œuf pourri, ou serpillière mouillée, pas très agréable, sauf pour ceux qui aiment les œufs pourris ou les serpillières mouillées, je pense aux femmes notamment pour les serpillières.

Synthèse : faites la vous-même, moi je vais me coucher, je suis pas une couille molle. et puis , si vous avez des trucs à ajouter, vous pouvez y aller, les commentaires c'est fait pour ça, sans compter que ça défoule. Enfin, je dirais juste quand même avant de vous laisser que cette histoire de sulfite c'est un peu pour noyer le poisson qui cache la forêt, que je trouve cette dichotomie entre les vins sulfités et les non sulfités limite burlesque, en gros très réductrice. aussi que les œnologues ont beau pondre des bouquins avec des tas de formules dans tous les sens pour expliquer les réactions chimiques qui se passent dans le vin, on trouve rarement de l'info accessible au vigneron de base, qui de surcroit est rarement docteur en chimie, sur les actions à réaliser sur les vins pour limiter les risques d'altération et que bien souvent à part vous préconisez de mettre du sulfite et de levurer pour éviter les déviances, on vous conseille pas grand chose et qu'il faut être sacrément téméraire et aguerri pour passer outre ses consignes, en gros les vins zéro sulfite ça peut être top mais que c'est quand même pas à la portée du premier branleur de vigneron venu et je ne me cite personne. Bonne nuit les petits.

mercredi 3 novembre 2010

Avec Carrefour je positive, mais un peu moins

En feuilletant Telerama chez des amis ce week-end, je suis tombé sur une pub carrefour qui m'a laissé dubitatif. En plein milieu d'un article sur le développement des écoquartiers (l'habitat "vert"), on pouvait voir cela :



 Et puis, deux pages plus loin, toujours dans le même article, la même pub,  page entière,  version bidoche cette fois, avec une cotelette à la place du poisson.

 J'ai pompé un texte sur le site du journal du Dimanche qui explique en substance le projet du groupe Carrefour  :


" Le groupe de grande distribution Carrefour a choisi d'estampiller 300 produits de sa propre marque « nourri sans OGM », en réponse au souhait des consommateurs de savoir comment le bétail est nourri, a annoncé le directeur exécutif de Carrefour France au Journal du dimanche (JDD).

Le nouveau logo, vert et rond, « nourri sans OGM », fera son apparition mardi sur quelque 300 produits (veau, œufs...).

Le groupe rappelle qu'il a développé en 1998, « par principe de précaution », une filière d'alimentation animale sans OGM, qui regroupe 3.000 producteurs, éleveurs et industriels de l'agroalimentaire. Les produits étiquetés sont garantis sans OGM à 99,1 %, « ce qui correspond au seuil communément admis », selon James McCann. Carrefour voudrait étendre la démarche aux produits laitiers, ajoute-t-il.

...

« Aujourd'hui, pour être certains de consommer des produits issus d'animaux nourris sans OGM, les consommateurs n'ont d'autre choix que les produits bio », a rappelé Arnaud Apoteker, chargé de la campagne OGM de Greenpeace.

 Bon. Qu'est-ce que ça inspire à mon cerveau  de producteur bio tout ça ? D'abord, qu'on va donner aux clients de Carrefour plus de "lisibilité" sur les produits alimentaires. Objectivement, c'est plutôt une bonne nouvelle. WWF et Greenpeace s'en félicitent d'ailleurs. Maintenant, on peut quand même dire que si chez Carrefour on positive, là, on a tendance à un peu trop positiver.

 D'abord parce que Carrefour ne fait à priori qu'anticiper la promulgation d'un décret sur l'étiquetage des produits non modifiés génétiquement, actuellement en cours d'examen par le Haut-Conseil des biotechnologies. En prenant un peu d'avance sur cette loi, l'enseigne se fait un sacré coup de pub. Sachant bien sûr que l'écrasante majorité des français refusent les OGM dans leur alimentation (ils ont quand même fait des sondages chez Carrefour pour s'en assurer).

 Ensuite, c'est pas moi qui le dit, c'est le chargé de comm de Greenpeace, monsieur Apoteker (un pharmacien ?), ces produits non ogm sont présentés comme une alternative aux produits bios, car en effet comme le dit ce charmant monsieur, "aujourd'hui, pour être certains de consommer des produits issus d'animaux nourris sans OGM, les consommateurs n'ont d'autre choix que les produits bio ». 

 Et là ben je sais pas, mais le producteur bio moyen que je suis, il en éprouve comme une sorte de gène, non modifiable celle la pour le coup. Pourquoi faudrait il présenter une "alternative" aux produits bios ? Ce genre de propos venant de la bouche de quelqu'un de chez Greenpeace, ça m'irrite un peu. Pas au point de remettre à flot le rainbow warrior pour pouvoir le faire couler à nouveau, mais au point quand même d'avoir envie d'exprimer mon ressentiment sur ce blog. Y'a des organisations comme Greenpeace qui militent pour la démocratie et que pour que chacun puisse s'exprimer librement, alors je vois pas pourquoi j'en profiterais pas.

 Alors c'est quoi cette histoire d'alternative qu'il faudrait offrir aux produits bios ? On aurait besoin d'une troisième voie entre les vilains produits de l'industrie agro-alimentaire plein de pesticides et les produits bios ?  Pourquoi cela ? Pour offrir aux consommateurs au pouvoir d'achat en berne des produits de bonne qualité mais meilleur marché que les produits bios, voilà le message que Carrefour et Greenpeace veulent nous fait passer ? Des produits pas bios, mais presque. D'ailleurs le logo d'identification de ces produits est presque vert, si c'est pas une preuve que ces produits sont presque bios je sais pas ce qu'il vous faut.


 
Ceux qui viennent de passer en deux temps trois mouvements de l'ère du travailler plus pour gagner plus à l'ère du travailler plus pour cotiser plus devraient y trouver leur compte.

 Parce que chez Carrefour, ils sont comme ça, ils ont le cœur sur la main.

 Enfin c'est surtout que comme ça, ils peuvent garder la main sur le portefeuille aussi, il faudrait quand même pas l'oublier. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles la bio a mis tant d'années à se développer. Le prix de revient des produits bios est plus élevé que ceux issus de l'agriculture intensive, tout le monde le sait. Comment offrir aux consommateurs des Carrefour et autre Auchan des produits bios au même prix que ceux auxquels on les a habitué sans rogner la marge confortable du distributeur ? Sujet bien délicat auquel les grandes enseignes ne trouvent malheureusement pas le temps de réfléchir... Autre point délicat, la part du budget que l'on consacre à l'alimentation est passée de 25% il y a quarante cinq ans à  12% en moyenne aujourd'hui. Si on acceptait de revenir aux équilibres d'après-guerre, tout le monde pourrait manger bio ! Mais je fais comment pour payer mon abonnement internet, je vous pose la question ? Et mon abonnement à Télérama ?

 Biocoop qui n'a pas la puissance de communication des leaders de la grande distrib s'est émue de cette nouvelle campagne de comm de Carrefour, en mettant en avant que chez eux ils n'avaient pas attendu le 25 octobre 2010 pour étiqueter 300 produits "nourris sans OGM" (sur les dizaines de milliers dispos à la vente chez Carrefour ?!). Chez Biocoop, tous les produits proposés étant issus de l'agriculture bio, ils sont de fait sans OGM.  La production bio fait par ailleurs l'objet de contrôle par des organismes indépendants comme Ecocert. Qui va vérifier la garantie d'une nourriture non OGM pour les filières d'approvisionnement de Carrefour ? La question est bonne, je me remercie de vous l'avoir posé.

 On ajoutera que des enseignes spécialisées comme Biocoop ou La vie claire, pour encourager le développement de l'agriculture biologique, présentent à leurs clients des produits issus d'exploitation en conversion, quand les grandes enseignes de la distribution traditionnelle se désintéressent de ces produits, le logo AB, la "marque" des produits bios aux yeux des consommateurs moyens ne pouvant y être apposé par le producteur qu'à l'issue de cette période de conversion qui peut durer quatre ans pour les cultures pérennes comme l'arboriculture ou, au hasard, la viticulture (au hasard).

 En somme, d'un côté, une certaine forme d'engagement, et de l'autre un pur business, avec une communication dirigée, qui permet de temporiser par rapport au développement de la bio et de jeter une fois de plus le trouble dans l'esprit des consommateurs. Sans compter que les poissons d'élevage nourris sans OGM, qui nous garantit qu'ils ne sont pas OGM eux-mêmes ? La réponse est peut-être dans le prochain numéro de Télérama ?