Merci aux uns et aux autres pour vos commentaires sur ce blog et sur facebook. Je stresse un peu avec cette histoire de contrôle et si cela n'en changera pas l'issue, c'est toutefois réconfortant de voir qu'il y a des personnes qui comme moi considèrent que la présence d'herbe dans les vignes n'est pas forcement un crime de "lèse-viticulture" !
Hier, j'apprenais qu'un autre bio du beaujolais avait fait l'objet d'un contrôle de ses vignes par le CIBAS, suivi d'une procédure de déclassement. Ça commence à faire beaucoup... J'attends quant à moi toujours des nouvelles. Mais quelque soit l'issue du contrôle, j'ai décidé de solliciter un rendez-vous auprès du CIBAS afin de connaitre les raisons qui l'ont motivé. J'admets que la définition de règles et le contrôle du respect de ces règles donnent tout son sens à la notion d'appellation. Mais avec le recul, je pense qu'on pourrait prévenir les viticulteurs de la visite des contrôleurs, ne serait-ce que la veille, voire le jour-même. Afin que le viticulteur puisse être présent et échanger avec l'inspecteur sur ses pratiques culturales.
Car j'ai relu le plan d'inspection défini par l'ODG sur lequel s'appuie le contrôleur; nombre de points à contrôler sont malheureusement sujets à interprétation. Et quand l'objectivité du contrôle ne peut être garantie, il faut pouvoir opposer à la subjectivité du contrôleur celle du viticulteur, sauf à vouloir absolument le piéger !
Si je reviens sur le point épineux du "dossier", à savoir l'état cultural de la vigne (feuillage et entretien du sol), le caractère éminemment subjectif de l'interprétation est indubitable. Le plan d'inspection ne donne aucune indication sur la méthode de contrôle. Il est juste écrit sur le formulaire du plan d'inspection, quant à la méthode à utiliser par l'inspecteur pour s'assurer de l'adéquation de l'état de la vigne aux règles de l'appellation, la mention "contrôle terrain", sans autre forme d'explication qui pourrait l'aider dans son travail...
On se doute bien dans ce cas, que d'un inspecteur à l'autre, l'appréciation de l'état cultural peut différer. Certains, encore empreints de la culture "parcs et jardins", pour reprendre une expression de Marc Dalbavie du Domaine de la Voie Blanche, considéreront la présence de "mauvaises herbes" comme une "anomalie" culturale. D'autres, au contraire, plus préoccupés par la "question écologique", considéreront cette présence comme un facteur d'accroissement de la biodiversité !
Car si les herbes peuvent dans certains cas, outre l'aspect "inesthétique" que certains peuvent y trouver, constituer une contrainte pour la vigne, ailleurs, elles peuvent lui être bénéficiaires.
D'un côté, elles peuvent être à l'origine d'un stress hydrique pour la vigne, exercer une concurrence trop forte sur les pieds de ceps jusqu'à entrainer leur dépérissement, provoquer des carences en azote, facteur de fermentations languissantes, installer une humidité résiduelle, facteur accroissant du risque de gel, ou de coulure, ou encore favoriser la création d'un écosystème propice à l'installation de ravageurs de la vigne.
De l'autre, à contrario, elles constituent un facteur d'amélioration des conditions d'apparition des prédateurs de ces ravageurs, les auxiliaires de la vigne, elles sont un facteur d'amélioration des sols par leur capacité de "dépollution", tel le datura stramonium par exemple qui purifie les sols chargés en pesticides, datura qui envahissait l'an dernier une de mes parcelles et qui a complétement disparu aujourd'hui ! Ces adventices participent aussi à l'amélioration de la vie des sols, les ray-grass par la capacité de leur système racinaire à créer un pseudo complexe argilo humique, les chardons dont les racines traçantes et pivotantes contribuent à la décompaction des sols, les légumineuses par leur capacité à fixer l'azote.... Elles peuvent également absorber l'eau en excès des sols hydromorphes et contribuer à l'amélioration de l'oxygénation du système racinaire des vignes et participaient ainsi à l'amélioration de santé du végétal. Elles limitent les phénomènes d'érosion. Elles sont un moyen de lutte efficace de prophylaxie contre la pourriture grise. J'ajouterai, qu'en laissant les mauvaises herbes s'installer, on prévient l'apparition d'autres herbes à germination plus tardive, dont la concurrence sur la vigne pourrait être plus dommageable que celles exercées par les précédentes. Et la liste n'est pas exhaustive. On peut aussi affirmer qu'en concurrençant la vigne, l'herbe en diminue la vigueur et la rend moins sensible aux maladies cryptogamiques tel que le mildiou. Aussi, qu'elle l' oblige à chercher en profondeur l'eau dont la prive l'herbe, la rendant finalement plus résistance les années de déficit hydrique. J'ai discuté récemment avec Guy Blanchard un vigneron bio du Maçonnais. Il me disait que cette année les vignes les plus belles chez lui sont celles qui sont enherbées. Mais il a démarré l'enherbement il y a neuf ans...
Et l'enherbement présente sans doute encore bien d'autres "vertus" (même origine étymologique que "vert" ? :-) que je ne connais pas.
J'avais eu il y a quelques mois un échange par mail avec un botaniste, expert en plantes messicoles, ces "mauvaises herbes" qui poussent dans les cultures céréalières. De part sa spécialité, je m'étais permis de solliciter son avis sur ce qu'il était préférable de faire quant à l'entretien des sols d'une de mes parcelles où un petit ray-grass s'était installé au début du printemps. Je m'interrogeais sur la pertinence d'un labour qui l'aurait détruit alors que celui-ci me semblait plus bénéfique que nuisible à ma vigne.
Je reproduis ici des extraits de mon mail d'interrogation et de la réponse qu'il avait eu la gentillesse de me faire :
Ma question :
" ...Je suis en ce moment dans une période critique, le passage de la fleur de la vigne, et je me demande si je dois tondre mon ray-grass qui peut créer des zones d'humidité à hauteur des inflorescences et perturber la chute des capuchons. Mais en faisant cela, j'ai peur de perturber le réensemencement de ce petit ray-grass qui me semble particulièrement adapté à ce que je souhaite faire (limite concurrence d'autres mauvaises herbes et semble ne pas trop "tirer" sur le sol, à en voir la vigueur actuelle de mes vignes qui se rapproche de la "normale" des vignes voisines..."
Sa réponse :
" ...Ce ray-grass est issu du stock semencier du sol puisque vous ne l'avez pas semé, donc votre intervention ne limitera pas ou peu l'année prochaine sa réapparition. Par contre si pendant des années vous effectuez la même manip (fauchage à cette période) vous allez introduire une pratique de sélection qui va conditionner la présence d'autres espèces et éliminer celle-ci. De même l'absence de travail du sol va faire émerger des bisannuelles à enracinement plus profond et à biomasse plus importante, de taille élevée donc plus problématique pour les aspects sanitaires de la vigne (humidité résiduelle, concurrence).
L'application d'une mosaïque de pratiques (fauchage, travail du sol, semis) peut permettre une relative hétérogénéité bénéfique : c'est-à-dire un système assez instable avec des "opportunités" très
variables (dormance, climat) conjuguées avec des actions volontaires décidées..."
Je vous laisse méditer sa réponse. Elle démontre en tout cas qu'il est bien compliqué pour un inspecteur de l'INAO de s'assurer de la pertinence des pratiques culturales des viticulteurs ! On ajoutera qu'il n'est absolument pas prouvé que l'herbe puisse nuire, au final, à la qualité du vin, et ceci n'est pas un point de détail ! On peut même légitiment se poser la question inverse, quoiqu'un collègue bio m'ait dit que le laiteron pouvait transmettre des goûts végétaux au vin... J'ai donc pris un soin particulier à faire disparaitre ce type d'adventice. On ne sait jamais !
Je vous laisse, j'ai encore un certain nombre d'érigérons à arracher dans mon clos !
mardi 31 août 2010
dimanche 29 août 2010
Contrôle des vignes
Jeudi, mes vignes ont été contrôlées par le CIBAS. Le CIBAS est un organisme indépendant, agréé par l'INAO et mandaté par les ODG du Beaujolais pour contrôler l'adéquation des pratiques des viticulteurs aux règles de production des AOC.
L'ODG, c'est l'Organisme de Défense et de Gestion de l'AOC. Composés de professionnels de la filière, ils ont été créés après la réforme de l'INAO en 2007. L'INAO souhaitait à travers la création de ces structures redonner aux viticulteurs eux-mêmes la responsabilité du contrôle du respect des règles de l'appellation. Un contrôle par ses pairs, un "auto-contrôle de la profession" en quelque sorte. Si ce n'est que les ODG de notre région, en concertation avec l'INAO ont finalement décidé de transférer cette mission de contrôle au CIBAS, organisme qui existait antérieurement à la réforme et sur lequel s'appuyait déjà l'INAO pour réaliser ces contrôles...
Dans le Beaujolais, deux ODG ont été créés. Un pour les vins se revendiquant des appellations Beaujolais et Beaujolais-Village, un second regroupant les dix crus. Chaque ODG a constitué un plan d'inspection sur lequel le CIBAS s'appuie pour réaliser ces contrôles. L'inspection des vignes porte notamment sur la conformité de la taille aux règles de l'appellation, le respect des rendements autorisés à l'hectare, la densité de plantation et last but not least, l'entretien des sols...
Je n'avais pas été prévenu de la visite du CIBAS. "Visite inopinée", que la "législation" autorise. Le principe est sur le fond plutôt bon. On fixe des règles qui définissent le cadre de l'appellation. Il faut bien s'assurer que ces règles sont respectées par ceux qui la revendiquent.
J'étais en train de passer la débroussailleuse dans la parcelle qui se trouve devant la propriété quand j'ai aperçu quelqu'un dans mon clos. Il m'arrive de voir des gens se balader dans mes vignes mais dans le clos j'ai quand même trouvé ça étrange. Je me suis donc porté à la rencontre de ce "promeneur". Il m'informa qu'il travaillait donc pour le CIBAS et qu'il était chargé de contrôler l'état de mes vignes. Le clos est à ce jour la vigne où il me reste encore le plus de travail de désherbage. C'est la parcelle la plus proche de chez moi, planquée derrière ces murs. C'est la raison pour laquelle je la gardais pour la fin de mon travail de désherbage; je peux m'y rendre facilement à mes heures perdues.
Après une semaine de rotofil, mes autres parcelles sont à ce jour tout à fait présentables (c'est ce que je pense en tout cas!) et je vais pouvoir enfin m'occuper du clos. Malheureusement, lors de la visite, il y avait encore pas mal d'érigérons dans les rangs. Rien à voir avec la végétation du printemps mais quand même suffisamment de quoi susciter un sentiment "d'indignation" chez les viticulteurs conventionnels les plus zélés ...
Le gars était jeune viticulteur sur une commune voisine. Je l'informais que j'étais en bio (il ne le savait pas), que sans les herbicides c'était parfois compliqué de lutter contre l'herbe... Le CIBAS a le pouvoir de déclasser vos vignes s'il ne les juge pas conforme au cahier des charges de l'appellation. Les vins produits doivent être alors commercialisés en vin de table. Je tenais cette info de certains viticulteurs bios du Beaujolais , dont les parcelles avaient été déclassées parce qu'on avait jugé que trop de mauvaises herbes y poussaient. J'essayais de mesurer la capacité de tolérance de mon contrôleur en la matière. J'avais le tee-shirt trempé de sueur par quelques heures de rotofil sous un soleil de plomb. J'avais bon espoir qu'il compatisse....
Il me dit alors que l'herbe, il regardait, mais pas plus que ça, que ce qui l'intéressait, c'était de vérifier les maladies, les rendements, la taille. Que le mot d'ordre au CIBAS c'était d'être plus "tolérant" par rapport à l'herbe. A moitié rassuré par cette bonne nouvelle, je l'invitais toutefois à venir faire un tour dans les autres vignes qui jouxtent la propriété pour qu'il puisse juger de l'efficacité de mon travail de "débroussaillage". Il me répondit qu'il avait juste deux parcelles à contrôler dans le secteur. Mon clos et une petite parcelle au bout de la rue. Il se trouve que cette parcelle m'appartient également...
J'avais demandé à un collègue bio comment le CIBAS procédait aux contrôles des vignes. Cet organisme n'est pas bien sûr en capacité de contrôler l'intégralité du vignoble du Beaujolais. Alors, sur quel critère objectif se basait il pour choisir les vignes à contrôler ? "Sur recommandation" me répondit il laconiquement... A moins que le récit de mes aventures de néovigneron dans les vignes sur ce blog ait intéressé à ce point les gens du CIBAS qu'ils se décident à venir y jeter un œil de plus près !
Le soir-même je me retrouvais avec quelques bios du Beaujolais. L'un d'entre eux nous informa qu'il venait de recevoir suite à un contrôle inopiné du CIBAS une notification de déclassement d'une de ces parcelles pour mauvais entretien du sol ! La "tolérance" du CIBAS en la matière avait donc des limites... Il faut reconnaître que cette notification de déclassement n'était pas définitive. Le viticulteur peut effectuer les travaux d'entretien du sol attendus et solliciter un nouveau contrôle du CIBAS avant les vendanges afin de retrouver ainsi le droit à l'appellation si le CIBAS juge la parcelle à nouveau conforme à ses critères d'éligibilité. Mais les frais engendrés par ce deuxième contrôle sont à la charge du viticulteur et notre collègue refuse d'avoir à supporter quelque frais que ce soit dans la mesure où il estime que l'état de ses vignes n'enfreint pas les règles de l'appellation.
Quoiqu'il en soit, je ne comprends pas, qu'en 2010, on en soit encore à refuser le droit à l'appellation à un viticulteur au motif qu'il y a de l'herbe dans ces vignes. Qui aujourd'hui respecte le mieux son sol ? Qui réellement l'"entretient" ? Celui qui refuse l'emploi des herbicides et laisse la vie se remettre en mouvement dans ces sols, avec le risque de se faire déborder par une végétation luxuriante, ou celui qui créé le désert autour de ces ceps à l'aide de produits dont on sait désormais qu'ils polluent notre ressource la plus précieuse, l'eau des nappes phréatiques ? Si les choses évoluent, que nombre de viticulteurs conventionnels prennent conscience du danger des herbicides et en "raisonnent" l'usage ou se remettent à travailler les sols, il reste parmi eux des inconditionnels de produits chimiques, dont le sol des vignes à la vieille des vendanges présente un aspect lunaire. C'est ceux là que le CIBAS devrait sanctionner. Ceux aux sols exsangues et où je me demande, à chaque fois que je les vois, comment des ceps de vignes peuvent encore y pousser, non ceux dont les sols "fouillis" ne traduisent rien d'autre que le retour de la vie dans les sols. Et j'ajouterai non par provocation mais pour être exhaustif, qu'il en est de même dans les pratiques vinicoles. Qui peut le mieux se prévaloir de cette notion de terroir, ce socle sur laquelle se sont fondées les AOC ? Celui qui pratique une viticulture favorable au développement des levures indigènes du raisin nécessaires à la transformation du vin, où celui qui utilise des pesticides dont on connait maintenant l'effet limitant sur ces populations levuriennes, imposant l'usage de levures exogènes du marché uniformisant le goût du vin ?
L'INAO sait cela. Mais plutôt que de revenir aux fondamentaux, elle a préféré se débarasser de la patate chaude auprès des professionnels de la filière viticole en demandant la constitution des ODG. Et avec moins de 4% de surface en bio ou en conversion au niveau national, il va falloir encore du temps pour que la profession change ses critères de conformité aux règles des appellations. Règles dont les grandes lignes avaient pourtant été édictées dans les années 30, à un moment où la chimie n'avait pas encore fait son apparition dans les vignes et était peu utilisée dans les chais.
Les vignerons qui ont osé les premiers sortir des chemins battus se sont vus dans l'obligation de produire des vins de table. Ces vins rencontrent aujourd'hui un succès grandissant auprès des amateurs et ce n'est que justice. A tel point que si aujourd'hui tu ne produis pas des vins de table, tu es presque considéré par certains comme un has been... Je trouve cela dommage. Je m'émerveille de ces différences subtiles mais perceptibles entre mes Beaujolais-village et mes Fleurie 2009. Des vignes situées à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau, conduites de la même façon, vinifiées en levures indigènes et sur le même mode opératoire. Mais au final deux vins différents et surtout typés selon leurs appellations, à ce que j'ai pu en juger à la dégustation des vins du millésime de pas mal de bios du Beaujolais. C'est cela le miracle des appellations définies par les anciens. C'est cela que les viticulteurs et leurs instances dirigeantes doivent défendre aujourd'hui, pour que les consommateurs retrouvent dans les vins la typicité à l'origine de la diversité de nos appellations.
J'espère en tout cas que ce contrôle du CIBAS sera sans conséquence. Nous verrons....
L'ODG, c'est l'Organisme de Défense et de Gestion de l'AOC. Composés de professionnels de la filière, ils ont été créés après la réforme de l'INAO en 2007. L'INAO souhaitait à travers la création de ces structures redonner aux viticulteurs eux-mêmes la responsabilité du contrôle du respect des règles de l'appellation. Un contrôle par ses pairs, un "auto-contrôle de la profession" en quelque sorte. Si ce n'est que les ODG de notre région, en concertation avec l'INAO ont finalement décidé de transférer cette mission de contrôle au CIBAS, organisme qui existait antérieurement à la réforme et sur lequel s'appuyait déjà l'INAO pour réaliser ces contrôles...
Dans le Beaujolais, deux ODG ont été créés. Un pour les vins se revendiquant des appellations Beaujolais et Beaujolais-Village, un second regroupant les dix crus. Chaque ODG a constitué un plan d'inspection sur lequel le CIBAS s'appuie pour réaliser ces contrôles. L'inspection des vignes porte notamment sur la conformité de la taille aux règles de l'appellation, le respect des rendements autorisés à l'hectare, la densité de plantation et last but not least, l'entretien des sols...
Je n'avais pas été prévenu de la visite du CIBAS. "Visite inopinée", que la "législation" autorise. Le principe est sur le fond plutôt bon. On fixe des règles qui définissent le cadre de l'appellation. Il faut bien s'assurer que ces règles sont respectées par ceux qui la revendiquent.
J'étais en train de passer la débroussailleuse dans la parcelle qui se trouve devant la propriété quand j'ai aperçu quelqu'un dans mon clos. Il m'arrive de voir des gens se balader dans mes vignes mais dans le clos j'ai quand même trouvé ça étrange. Je me suis donc porté à la rencontre de ce "promeneur". Il m'informa qu'il travaillait donc pour le CIBAS et qu'il était chargé de contrôler l'état de mes vignes. Le clos est à ce jour la vigne où il me reste encore le plus de travail de désherbage. C'est la parcelle la plus proche de chez moi, planquée derrière ces murs. C'est la raison pour laquelle je la gardais pour la fin de mon travail de désherbage; je peux m'y rendre facilement à mes heures perdues.
Après une semaine de rotofil, mes autres parcelles sont à ce jour tout à fait présentables (c'est ce que je pense en tout cas!) et je vais pouvoir enfin m'occuper du clos. Malheureusement, lors de la visite, il y avait encore pas mal d'érigérons dans les rangs. Rien à voir avec la végétation du printemps mais quand même suffisamment de quoi susciter un sentiment "d'indignation" chez les viticulteurs conventionnels les plus zélés ...
Le gars était jeune viticulteur sur une commune voisine. Je l'informais que j'étais en bio (il ne le savait pas), que sans les herbicides c'était parfois compliqué de lutter contre l'herbe... Le CIBAS a le pouvoir de déclasser vos vignes s'il ne les juge pas conforme au cahier des charges de l'appellation. Les vins produits doivent être alors commercialisés en vin de table. Je tenais cette info de certains viticulteurs bios du Beaujolais , dont les parcelles avaient été déclassées parce qu'on avait jugé que trop de mauvaises herbes y poussaient. J'essayais de mesurer la capacité de tolérance de mon contrôleur en la matière. J'avais le tee-shirt trempé de sueur par quelques heures de rotofil sous un soleil de plomb. J'avais bon espoir qu'il compatisse....
Il me dit alors que l'herbe, il regardait, mais pas plus que ça, que ce qui l'intéressait, c'était de vérifier les maladies, les rendements, la taille. Que le mot d'ordre au CIBAS c'était d'être plus "tolérant" par rapport à l'herbe. A moitié rassuré par cette bonne nouvelle, je l'invitais toutefois à venir faire un tour dans les autres vignes qui jouxtent la propriété pour qu'il puisse juger de l'efficacité de mon travail de "débroussaillage". Il me répondit qu'il avait juste deux parcelles à contrôler dans le secteur. Mon clos et une petite parcelle au bout de la rue. Il se trouve que cette parcelle m'appartient également...
J'avais demandé à un collègue bio comment le CIBAS procédait aux contrôles des vignes. Cet organisme n'est pas bien sûr en capacité de contrôler l'intégralité du vignoble du Beaujolais. Alors, sur quel critère objectif se basait il pour choisir les vignes à contrôler ? "Sur recommandation" me répondit il laconiquement... A moins que le récit de mes aventures de néovigneron dans les vignes sur ce blog ait intéressé à ce point les gens du CIBAS qu'ils se décident à venir y jeter un œil de plus près !
Le soir-même je me retrouvais avec quelques bios du Beaujolais. L'un d'entre eux nous informa qu'il venait de recevoir suite à un contrôle inopiné du CIBAS une notification de déclassement d'une de ces parcelles pour mauvais entretien du sol ! La "tolérance" du CIBAS en la matière avait donc des limites... Il faut reconnaître que cette notification de déclassement n'était pas définitive. Le viticulteur peut effectuer les travaux d'entretien du sol attendus et solliciter un nouveau contrôle du CIBAS avant les vendanges afin de retrouver ainsi le droit à l'appellation si le CIBAS juge la parcelle à nouveau conforme à ses critères d'éligibilité. Mais les frais engendrés par ce deuxième contrôle sont à la charge du viticulteur et notre collègue refuse d'avoir à supporter quelque frais que ce soit dans la mesure où il estime que l'état de ses vignes n'enfreint pas les règles de l'appellation.
Quoiqu'il en soit, je ne comprends pas, qu'en 2010, on en soit encore à refuser le droit à l'appellation à un viticulteur au motif qu'il y a de l'herbe dans ces vignes. Qui aujourd'hui respecte le mieux son sol ? Qui réellement l'"entretient" ? Celui qui refuse l'emploi des herbicides et laisse la vie se remettre en mouvement dans ces sols, avec le risque de se faire déborder par une végétation luxuriante, ou celui qui créé le désert autour de ces ceps à l'aide de produits dont on sait désormais qu'ils polluent notre ressource la plus précieuse, l'eau des nappes phréatiques ? Si les choses évoluent, que nombre de viticulteurs conventionnels prennent conscience du danger des herbicides et en "raisonnent" l'usage ou se remettent à travailler les sols, il reste parmi eux des inconditionnels de produits chimiques, dont le sol des vignes à la vieille des vendanges présente un aspect lunaire. C'est ceux là que le CIBAS devrait sanctionner. Ceux aux sols exsangues et où je me demande, à chaque fois que je les vois, comment des ceps de vignes peuvent encore y pousser, non ceux dont les sols "fouillis" ne traduisent rien d'autre que le retour de la vie dans les sols. Et j'ajouterai non par provocation mais pour être exhaustif, qu'il en est de même dans les pratiques vinicoles. Qui peut le mieux se prévaloir de cette notion de terroir, ce socle sur laquelle se sont fondées les AOC ? Celui qui pratique une viticulture favorable au développement des levures indigènes du raisin nécessaires à la transformation du vin, où celui qui utilise des pesticides dont on connait maintenant l'effet limitant sur ces populations levuriennes, imposant l'usage de levures exogènes du marché uniformisant le goût du vin ?
L'INAO sait cela. Mais plutôt que de revenir aux fondamentaux, elle a préféré se débarasser de la patate chaude auprès des professionnels de la filière viticole en demandant la constitution des ODG. Et avec moins de 4% de surface en bio ou en conversion au niveau national, il va falloir encore du temps pour que la profession change ses critères de conformité aux règles des appellations. Règles dont les grandes lignes avaient pourtant été édictées dans les années 30, à un moment où la chimie n'avait pas encore fait son apparition dans les vignes et était peu utilisée dans les chais.
Les vignerons qui ont osé les premiers sortir des chemins battus se sont vus dans l'obligation de produire des vins de table. Ces vins rencontrent aujourd'hui un succès grandissant auprès des amateurs et ce n'est que justice. A tel point que si aujourd'hui tu ne produis pas des vins de table, tu es presque considéré par certains comme un has been... Je trouve cela dommage. Je m'émerveille de ces différences subtiles mais perceptibles entre mes Beaujolais-village et mes Fleurie 2009. Des vignes situées à moins d'un kilomètre à vol d'oiseau, conduites de la même façon, vinifiées en levures indigènes et sur le même mode opératoire. Mais au final deux vins différents et surtout typés selon leurs appellations, à ce que j'ai pu en juger à la dégustation des vins du millésime de pas mal de bios du Beaujolais. C'est cela le miracle des appellations définies par les anciens. C'est cela que les viticulteurs et leurs instances dirigeantes doivent défendre aujourd'hui, pour que les consommateurs retrouvent dans les vins la typicité à l'origine de la diversité de nos appellations.
J'espère en tout cas que ce contrôle du CIBAS sera sans conséquence. Nous verrons....
lundi 23 août 2010
Les oiseaux se cachent pour se nourrir
La poule est un loup pour l'homme.
Regardez ce qu'elles ont fait à mes raisins (âmes sensibles, quittez immédiatement ce blog).
Elles avaient toute ma confiance. Je les laissais se promener à leur guise dans le clos. Et voilà comment elles me remercient ; en mangeant les grumes les plus mûres de mes grappes.
Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu spectacle plus terrifiant, si ce n'est celui de ma mère s'approchant de moi enfant, tenant à la main une cuillère d'huile de foie de morue.
Allez les poules, au cachot ! Remise en liberté après les vendanges !
Il y en a d'autres qui raffolent du raisin. Ce sont les étourneaux.
Il faut les voir lors des flux migratoires tournoyer par millier au dessus des vignes et, au signal du chef (celui avec les plumes barrées de jaune), s'abattre sur les ceps pour se délecter de leurs grappes. En 2008 et 2009 des nuées de plusieurs milliers d'individus volaient dans le ciel de Fleurie. C'était heureusement après les vendanges. Les étourneaux n'avaient pu se repaître que des seuls raisins oubliés par les vendangeurs et des verjus, ces raisins secondaires issus des entrecœurs.
Mais cette année, les vendanges seront plus tardives...
Alors toi, étourneau, si tu me lis, un conseil : ne t'avises surtout pas de survoler mes vignes avant les vendanges, sinon regarde le sort que je te réserve.
A bon entendeur, salut.
Regardez ce qu'elles ont fait à mes raisins (âmes sensibles, quittez immédiatement ce blog).
Elles avaient toute ma confiance. Je les laissais se promener à leur guise dans le clos. Et voilà comment elles me remercient ; en mangeant les grumes les plus mûres de mes grappes.
Je n'ai pas le souvenir d'avoir vu spectacle plus terrifiant, si ce n'est celui de ma mère s'approchant de moi enfant, tenant à la main une cuillère d'huile de foie de morue.
Allez les poules, au cachot ! Remise en liberté après les vendanges !
Il y en a d'autres qui raffolent du raisin. Ce sont les étourneaux.
Il faut les voir lors des flux migratoires tournoyer par millier au dessus des vignes et, au signal du chef (celui avec les plumes barrées de jaune), s'abattre sur les ceps pour se délecter de leurs grappes. En 2008 et 2009 des nuées de plusieurs milliers d'individus volaient dans le ciel de Fleurie. C'était heureusement après les vendanges. Les étourneaux n'avaient pu se repaître que des seuls raisins oubliés par les vendangeurs et des verjus, ces raisins secondaires issus des entrecœurs.
Mais cette année, les vendanges seront plus tardives...
Alors toi, étourneau, si tu me lis, un conseil : ne t'avises surtout pas de survoler mes vignes avant les vendanges, sinon regarde le sort que je te réserve.
A bon entendeur, salut.
samedi 21 août 2010
La racle, une espèce à protéger
Dans la série "les outils d'autrefois du vigneron bio d'aujourd'hui", aujourd'hui, la racle.
Ne vous fiez pas aux apparences. Sous ses airs débonnaires de pelle à enfourner les pizzas, la racle est en réalité une redoutable machine à tuer.
Son terrain de chasse ? Les sols sableux des vignes. Ses proies ? Les mauvaises herbes qui y poussent.
De mutation génétique en mutation génétique, la racle s'est transformée au fil du temps pour finir par devenir LA TERREUR DES ADVENTICES.
Son long manche donne au vigneron qui s'en saisit le recul nécessaire à une parfaite vision du sol, jusque sous la frondaison des vignes; sa lame, tranchante comme celle d'un rasoir, coupe le système racinaire des mauvaises herbes avec la même facilité que le fil à couper le beurre le beurre.
Il faut le voir ce couple démoniaque que forme le vigneron et sa racle, dès les premières lueurs du jours, s'enfoncer dans les sables du Beaujolais, excités par l'odeur du jus d'herbe comme le squale par l'odeur du sang, traquant chaque amarante, chaque érigéron, chaque liseron, jusque sous les pieds des ceps de vignes où ces herbes pensaient avoir trouvé un refuge qui les protégeraient de leurs principaux prédateurs que sont les débroussailleuses et les charrues interceps.
Eh !! Toi !! Oui Toi !! Toi, le voyageur solitaire, que tes errances ont conduit sur ce blog et qui te conduiront un jour, qui sait, sur les pentes des crus du Beaujolais, tu l'apercevras peut-être alors ce vigneron, au détour d'un chemin, fouillant le sols de ses vignes, les pénétrant avec la régularité d'un métronome de la lame acerée de son engin. J'arrête, ça m'excite. Tu peux aussi passer par son caveau lui acheter quelques bouteilles. Il t'ouvrira les portes de sa cave comme il t'ouvre ici les portes de son cœur.
A ce propos, laisse moi te dire, voyageur solitaire, combien je suis heureux de te voir arpenter les pentes de ce blog. Ta lecture me flatte et prouve qu'il n'est pas nécessaire de mettre des photos de femmes à poil sur un blog pour qu'il soit visité. C'est tout à ton honneur de participer avec moi à ce combat que je livre contre la pornographie.
Sinon, je recherche quelque personnes pour compléter ma troupe de vendangeurs. Je te mets une photo de notre dernière journée d'effeuillage qui te montre que, si ça bosse dur aux Bachelards, c'est toujours dans un esprit de convivialité et de partage.
Donc si ça t'intéresse de participer aux prochaines vendanges ou un de tes proches, n'hésite pas à me le faire savoir par mail. (sans rire)
Et souviens toi des paroles du sage : "Seul le corps peut aller en prison. L'esprit ne peut être prisonnier, on ne peut pas attraper le vent."
Ensemble, continuons le combat !
Ne vous fiez pas aux apparences. Sous ses airs débonnaires de pelle à enfourner les pizzas, la racle est en réalité une redoutable machine à tuer.
Son terrain de chasse ? Les sols sableux des vignes. Ses proies ? Les mauvaises herbes qui y poussent.
De mutation génétique en mutation génétique, la racle s'est transformée au fil du temps pour finir par devenir LA TERREUR DES ADVENTICES.
Son long manche donne au vigneron qui s'en saisit le recul nécessaire à une parfaite vision du sol, jusque sous la frondaison des vignes; sa lame, tranchante comme celle d'un rasoir, coupe le système racinaire des mauvaises herbes avec la même facilité que le fil à couper le beurre le beurre.
Il faut le voir ce couple démoniaque que forme le vigneron et sa racle, dès les premières lueurs du jours, s'enfoncer dans les sables du Beaujolais, excités par l'odeur du jus d'herbe comme le squale par l'odeur du sang, traquant chaque amarante, chaque érigéron, chaque liseron, jusque sous les pieds des ceps de vignes où ces herbes pensaient avoir trouvé un refuge qui les protégeraient de leurs principaux prédateurs que sont les débroussailleuses et les charrues interceps.
Eh !! Toi !! Oui Toi !! Toi, le voyageur solitaire, que tes errances ont conduit sur ce blog et qui te conduiront un jour, qui sait, sur les pentes des crus du Beaujolais, tu l'apercevras peut-être alors ce vigneron, au détour d'un chemin, fouillant le sols de ses vignes, les pénétrant avec la régularité d'un métronome de la lame acerée de son engin. J'arrête, ça m'excite. Tu peux aussi passer par son caveau lui acheter quelques bouteilles. Il t'ouvrira les portes de sa cave comme il t'ouvre ici les portes de son cœur.
A ce propos, laisse moi te dire, voyageur solitaire, combien je suis heureux de te voir arpenter les pentes de ce blog. Ta lecture me flatte et prouve qu'il n'est pas nécessaire de mettre des photos de femmes à poil sur un blog pour qu'il soit visité. C'est tout à ton honneur de participer avec moi à ce combat que je livre contre la pornographie.
Sinon, je recherche quelque personnes pour compléter ma troupe de vendangeurs. Je te mets une photo de notre dernière journée d'effeuillage qui te montre que, si ça bosse dur aux Bachelards, c'est toujours dans un esprit de convivialité et de partage.
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Donc si ça t'intéresse de participer aux prochaines vendanges ou un de tes proches, n'hésite pas à me le faire savoir par mail. (sans rire)
Et souviens toi des paroles du sage : "Seul le corps peut aller en prison. L'esprit ne peut être prisonnier, on ne peut pas attraper le vent."
Ensemble, continuons le combat !
mercredi 11 août 2010
Le salaire de la peur
Un vin ne vaut rien mais rien ne vaut un vin, nous dit André Malraux. (C'était avant sa cure de désintoxication, après il a légèrement modifié le texte de sa fameuse formule).
Il avait raison Malraux. C'est vrai qu'on trouve de tout dans les vins, et à tous les prix en plus. Je me souviens d'un prospectus d'Atac (le supermarché, pas les altermondialistes) qui avait atterri dans ma boite aux lettres l'an dernier, un peu après les foires aux vins, pour les retardataires désœuvrés, où étaient présentés dix "vins de vigneron" à moins d'un euro cinquante.
Le prospectus était illustré par une joli photo d'un papi vigneron au milieu de ces vignes, au faciès creusé par des années de labeur au soleil, avec au fond sa 4L garée dans un chemin, genre Aimé Guibert dans Modovino, mais je crois pas que c'était lui. On arrivait presque à entendre le bruit assourdissant des insectes et des petits oiseaux, que même parfois je me demande pourquoi ils font un tel raffut.
Tout ça, histoire de montrer au consommateur que là il pouvait y aller les yeux fermés, que c'était des vrais vins de terroir, faits par de vrais pecnots. ( Réflexion faîte, c'était pas Aimé Guibert.)
On était en pleine cogitation avec ma directrice marketing (ma femme) sur les circuits de distribution qu'on souhaitait privilégier, sur les prix auxquels on voulait proposer nos vins, au regard de nos prix de revient, des prix moyens constatés sur nos différentes appellations, de la qualité intrinsèque de nos produits et du positionnement marché souhaité (démarche très pro quoi).
Et ben c'est pas le genre de prospectus qui vous permet d'envisager votre avenir avec sérénité.
Je veux faire des vins de terroir, pas des vins de terroir caisse. Mais y'a des limites quand même. Si on finit par être obligé de rouler en 4L quand on fait du vin. En berlingo, OK, mais en 4L, faut pas exagérer.
En tout cas, moi, avec un euro, j'arrive à peine à payer les matières sèches (bouteille, bouchon, étiquette, capsule) et les frais de mise en bouteille. Bon, c'est vrai , quand tu te gares devant chez ton fournisseur avec ta 4L pourrie, c'est sûr que devant autant de misère, il va te faire un prix qui devrait te permettre de retomber à 70, 80 centimes par bouteille, hors vin.
Ça veut dire au final que quand tu vas faire tes courses chez Atac, t'en achètes pour 70 centimes de vin TTC par bouteille, marge du distributeur comprise, et encore, si je considère que la livraison a été faîte gracieusement par le vigneron avec sa 4L.
Et ben, à ce prix là, je me demande comment il fait l'Aimé Guibert des supermarchés pour changer les pneus de sa voiture quand ils sont usés. A moins de faire du 300 hectos hectare, je vois pas comment c'est possible. Si je raisonne par rapport à nos rendements, même les caoutchouc des balais d'essuie-glaces je pourrais pas les changer. Alors si non seulement t'es obligé de rouler en 4L, mais qu'en plus tu dois passer la tête par la fenêtre pour voir la route les jours de pluie, tu te dis qu'il y a des limites. C'est vrai je vais avoir l'air de quoi moi, la tête penchée par la vitre conducteur et mon chien la tête penchée côté passager (il adore ça). Pour être vignerons, nous n'en sommes pas moins hommes et on est pas obligé de choper une otite à chaque fois qu'il pleut. C'est vrai quoi. Merde à la fin quoi.
Heureusement, ça m'arrive aussi parfois de tomber sur des infos un peu moins déprimantes. Il y a quelques mois, Laurent Bazin sur son blog le vin de mes amis s'est livré à un petit sondage auprès de ses lecteurs en leur demandant quel était d'après eux le prix d'un bon vin. Etrange question quand on y pense, mais après tout, la réponse n'est pas sans intérêt pour le vigneron moyen, même s'il ne compte pas au nombre des amis de Laurent Bazin.
La majorité des sondés a répondu entre dix et quinze euros. Là, je dis OK. A ce prix là, j'achète même des housses en skaï pour la voiture. Un coup d'éponge et c'est propre. Super pratique quand ton chien plein de terre s'est vautré sur la banquette.
Par ailleurs, un collègue vigneron me disait qu'il avait lu récemment une enquête réalisée sur un assez large panel de personnes sur le prix à partir duquel le consommateur estimait en avoir mis assez dans son achat pour avoir un vin de qualité : 8,5 euros.
J'aime bien l'aphorisme d'Oscar Wilde, qui en connaissait un rayon (pas de supermarché) sur la nature humaine. "N'achetez jamais une chose dont vous n'avez pas envie uniquement parce qu'elle coûte cher."
C'est tellement difficile pour certains de suivre ce conseil que cet élément doit être intégré dans la définition de son prix de vente. C'est pas qu'on veut abuser de la faiblesse de caractère de certains, d'ailleurs parfois inversement proportionnelle à l'épaisseur de leur portefeuille, mais c'est vrai qu'en deçà d'un certain prix, il y a comme de la suspicion vis à vis de la qualité de ton vin.
Compte tenu de tout ça, et surtout du caractère aléatoire de chaque millésime, ce n'est pas chose facile de définir un prix qui rende ton vin "crédible" aux yeux de l'amateur, tout en restant d'un rapport qualité prix honnête, et qui te permette dans le même temps d'acheter les meilleures croquettes pour ton chien.
Parce qu'après l'amateur de vin, le chien reste le meilleur ami du vigneron, et que ça mérite bien qu'on lui achète le top du top de la croquette.
Il avait raison Malraux. C'est vrai qu'on trouve de tout dans les vins, et à tous les prix en plus. Je me souviens d'un prospectus d'Atac (le supermarché, pas les altermondialistes) qui avait atterri dans ma boite aux lettres l'an dernier, un peu après les foires aux vins, pour les retardataires désœuvrés, où étaient présentés dix "vins de vigneron" à moins d'un euro cinquante.
Le prospectus était illustré par une joli photo d'un papi vigneron au milieu de ces vignes, au faciès creusé par des années de labeur au soleil, avec au fond sa 4L garée dans un chemin, genre Aimé Guibert dans Modovino, mais je crois pas que c'était lui. On arrivait presque à entendre le bruit assourdissant des insectes et des petits oiseaux, que même parfois je me demande pourquoi ils font un tel raffut.
Tout ça, histoire de montrer au consommateur que là il pouvait y aller les yeux fermés, que c'était des vrais vins de terroir, faits par de vrais pecnots. ( Réflexion faîte, c'était pas Aimé Guibert.)
On était en pleine cogitation avec ma directrice marketing (ma femme) sur les circuits de distribution qu'on souhaitait privilégier, sur les prix auxquels on voulait proposer nos vins, au regard de nos prix de revient, des prix moyens constatés sur nos différentes appellations, de la qualité intrinsèque de nos produits et du positionnement marché souhaité (démarche très pro quoi).
Et ben c'est pas le genre de prospectus qui vous permet d'envisager votre avenir avec sérénité.
Je veux faire des vins de terroir, pas des vins de terroir caisse. Mais y'a des limites quand même. Si on finit par être obligé de rouler en 4L quand on fait du vin. En berlingo, OK, mais en 4L, faut pas exagérer.
En tout cas, moi, avec un euro, j'arrive à peine à payer les matières sèches (bouteille, bouchon, étiquette, capsule) et les frais de mise en bouteille. Bon, c'est vrai , quand tu te gares devant chez ton fournisseur avec ta 4L pourrie, c'est sûr que devant autant de misère, il va te faire un prix qui devrait te permettre de retomber à 70, 80 centimes par bouteille, hors vin.
Ça veut dire au final que quand tu vas faire tes courses chez Atac, t'en achètes pour 70 centimes de vin TTC par bouteille, marge du distributeur comprise, et encore, si je considère que la livraison a été faîte gracieusement par le vigneron avec sa 4L.
Et ben, à ce prix là, je me demande comment il fait l'Aimé Guibert des supermarchés pour changer les pneus de sa voiture quand ils sont usés. A moins de faire du 300 hectos hectare, je vois pas comment c'est possible. Si je raisonne par rapport à nos rendements, même les caoutchouc des balais d'essuie-glaces je pourrais pas les changer. Alors si non seulement t'es obligé de rouler en 4L, mais qu'en plus tu dois passer la tête par la fenêtre pour voir la route les jours de pluie, tu te dis qu'il y a des limites. C'est vrai je vais avoir l'air de quoi moi, la tête penchée par la vitre conducteur et mon chien la tête penchée côté passager (il adore ça). Pour être vignerons, nous n'en sommes pas moins hommes et on est pas obligé de choper une otite à chaque fois qu'il pleut. C'est vrai quoi. Merde à la fin quoi.
Heureusement, ça m'arrive aussi parfois de tomber sur des infos un peu moins déprimantes. Il y a quelques mois, Laurent Bazin sur son blog le vin de mes amis s'est livré à un petit sondage auprès de ses lecteurs en leur demandant quel était d'après eux le prix d'un bon vin. Etrange question quand on y pense, mais après tout, la réponse n'est pas sans intérêt pour le vigneron moyen, même s'il ne compte pas au nombre des amis de Laurent Bazin.
La majorité des sondés a répondu entre dix et quinze euros. Là, je dis OK. A ce prix là, j'achète même des housses en skaï pour la voiture. Un coup d'éponge et c'est propre. Super pratique quand ton chien plein de terre s'est vautré sur la banquette.
Par ailleurs, un collègue vigneron me disait qu'il avait lu récemment une enquête réalisée sur un assez large panel de personnes sur le prix à partir duquel le consommateur estimait en avoir mis assez dans son achat pour avoir un vin de qualité : 8,5 euros.
J'aime bien l'aphorisme d'Oscar Wilde, qui en connaissait un rayon (pas de supermarché) sur la nature humaine. "N'achetez jamais une chose dont vous n'avez pas envie uniquement parce qu'elle coûte cher."
C'est tellement difficile pour certains de suivre ce conseil que cet élément doit être intégré dans la définition de son prix de vente. C'est pas qu'on veut abuser de la faiblesse de caractère de certains, d'ailleurs parfois inversement proportionnelle à l'épaisseur de leur portefeuille, mais c'est vrai qu'en deçà d'un certain prix, il y a comme de la suspicion vis à vis de la qualité de ton vin.
Compte tenu de tout ça, et surtout du caractère aléatoire de chaque millésime, ce n'est pas chose facile de définir un prix qui rende ton vin "crédible" aux yeux de l'amateur, tout en restant d'un rapport qualité prix honnête, et qui te permette dans le même temps d'acheter les meilleures croquettes pour ton chien.
Parce qu'après l'amateur de vin, le chien reste le meilleur ami du vigneron, et que ça mérite bien qu'on lui achète le top du top de la croquette.
dimanche 8 août 2010
Dieu existe sans doute, mais je ne l'ai pas encore rencontré
La nature a horreur du vide. Le désherbage des vignes réalisé il y a un mois à la main, ou par le labour, a laissé le champ libre (c'est le cas de le dire) aux plantes estivales. Le sol remis à nu a favorisé la levée de dormance de leurs graines. Et voilà que désormais se mêlent aux quelques érigerons passés à travers les mailles du filet de notre premier nettoyage, des amarantes, des morelles noires et plus rarement, des chénopodes.
Quand je vois l'énergie qu'il nous a fallu déployer pour venir à bout de la première génération d'herbe (et encore, j'en suis pas tout à fait sorti !), j'ai parfois envie de baisser les bras. Enfin, vous me direz, quand on a les bras baissés, c'est plus facile pour arracher les mauvaises herbes, mais quand même.
Je vous pose la question; en ces premiers jours d'Août, où la France se fait dorer la pilule sur les plages, pourquoi j'aurais pas droit aussi à un peu de vacances ? C'est vrai, quoi. Sois bio et tais toi, c'est ça hein ? Et bien non.
Bon, le problème c'est de savoir quelle incidence ça peut avoir sur mes vignes.
Sans compter l'aspect esthétique de la chose. Cela peut paraître stupide, mais quand vos voisins offrent aux yeux du promeneur, grâce aux rogneuses et aux désherbants, le spectacle de vignes tirées au cordeau, vous ne pouvez pas vous empêcher de culpabiliser d'avoir des vignes moins "propres". Sans doute une réminiscence de mon passé d'informaticien. Un ordinateur, c'est zéro ou un et ça a créé chez moi une certaine tendance à la psychorigidité. J'aime bien les trucs carrés, bien que je trouve que finalement j'évolue assez vite là dessus. Mes voisins aussi, je suppose.
Mais là n'est pas bien sûr l'essentiel. La vraie question est de savoir quelle incidence peut avoir cette nouvelle génération de mauvaises herbes sur la prochaine récolte. Puis-je laisser tout ça comme ça et emmener ma progéniture faire des châteaux de sable à la mer, ou le risque est-il trop élevé de voir les raisins se dégrader, de part l'humidité résiduelle créée par la biomasse de ces plantes et les obstacles qu'elles constituent à la circulation de l'air dans les pieds de vigne et à la pénétration de la lumière nourricière, au point de compromettre le potentiel quantitatif et qualitatif de la prochaine vendange, déjà mis à mal par une météo capricieuse ?
Mais à contrario, je me plais parfois à penser, compte tenu des précipitations importantes de ces derniers jours, que cela est bénéfique à la vigne, en absorbant l'eau en excès dans les sols.
Ces questions ont pour le néovigneron que je suis autant d'importance que celle de l'existence de Dieu pour un séminariste. Un peu moins pour mes enfants qui ont déjà préparé les tubas et les masques de plongée.
Mais comme pour l'existence de Dieu, pas facile de trouver des éléments de réponse. On lit tout et son contraire sur l'impact de l'herbe sur la vigne. Pour être honnête, les études que j'ai pu lire portaient sur l'examen de l'enherbement "maitrisé". En ce qui me concerne, question maitrise, on a fait mieux, même si j'ai laissé partir l'herbe volontairement au début. Malgré tout, j'ai quand même des motifs de satisfaction. Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens, dit le sage. Et bien, à ce jour, même si la situation dans les vignes est un peu confuse, nous n'avons réalisé qu'un seul labour (à l'exception des deux parcelles que j'ai en fermage où nous avons fait preuve d'un peu plus de zèle mécanique. Pas question de se livrer à des expériences dans des vignes qui ne m'appartiennent pas, je ne veux pas être responsable de la mort d'un de mes propriétaires, victime d'une crise cardiaque lors d'une visite de ses vignes). Cette année, très peu de ceps ont donc été arrachés par mes charrues. Aussi, lorsque je marche dans mes vignes, je suis surpris de la souplesse des sols, bien qu'ils n'ont presque pas été remués. On en parlait avec mon chien pas plus tard qu'hier soir. C'est un vrai plaisir pour les coussinets de ses papattes. Et question consommation de carburant et émission de gaz à effet de serre, je peux aussi me vanter d'un bilan très positif pour cette campagne. On en parlait avec ma cuve à fuel pas plus tard qu'hier soir. Alors je crois que ça mérite quand même une petite semaine de congés, non.
Après, promis juré si je mens je vais en enfer, je retourne dans les vignes.
Quand je vois l'énergie qu'il nous a fallu déployer pour venir à bout de la première génération d'herbe (et encore, j'en suis pas tout à fait sorti !), j'ai parfois envie de baisser les bras. Enfin, vous me direz, quand on a les bras baissés, c'est plus facile pour arracher les mauvaises herbes, mais quand même.
Je vous pose la question; en ces premiers jours d'Août, où la France se fait dorer la pilule sur les plages, pourquoi j'aurais pas droit aussi à un peu de vacances ? C'est vrai, quoi. Sois bio et tais toi, c'est ça hein ? Et bien non.
Bon, le problème c'est de savoir quelle incidence ça peut avoir sur mes vignes.
Sans compter l'aspect esthétique de la chose. Cela peut paraître stupide, mais quand vos voisins offrent aux yeux du promeneur, grâce aux rogneuses et aux désherbants, le spectacle de vignes tirées au cordeau, vous ne pouvez pas vous empêcher de culpabiliser d'avoir des vignes moins "propres". Sans doute une réminiscence de mon passé d'informaticien. Un ordinateur, c'est zéro ou un et ça a créé chez moi une certaine tendance à la psychorigidité. J'aime bien les trucs carrés, bien que je trouve que finalement j'évolue assez vite là dessus. Mes voisins aussi, je suppose.
Mais là n'est pas bien sûr l'essentiel. La vraie question est de savoir quelle incidence peut avoir cette nouvelle génération de mauvaises herbes sur la prochaine récolte. Puis-je laisser tout ça comme ça et emmener ma progéniture faire des châteaux de sable à la mer, ou le risque est-il trop élevé de voir les raisins se dégrader, de part l'humidité résiduelle créée par la biomasse de ces plantes et les obstacles qu'elles constituent à la circulation de l'air dans les pieds de vigne et à la pénétration de la lumière nourricière, au point de compromettre le potentiel quantitatif et qualitatif de la prochaine vendange, déjà mis à mal par une météo capricieuse ?
Mais à contrario, je me plais parfois à penser, compte tenu des précipitations importantes de ces derniers jours, que cela est bénéfique à la vigne, en absorbant l'eau en excès dans les sols.
Ces questions ont pour le néovigneron que je suis autant d'importance que celle de l'existence de Dieu pour un séminariste. Un peu moins pour mes enfants qui ont déjà préparé les tubas et les masques de plongée.
Mais comme pour l'existence de Dieu, pas facile de trouver des éléments de réponse. On lit tout et son contraire sur l'impact de l'herbe sur la vigne. Pour être honnête, les études que j'ai pu lire portaient sur l'examen de l'enherbement "maitrisé". En ce qui me concerne, question maitrise, on a fait mieux, même si j'ai laissé partir l'herbe volontairement au début. Malgré tout, j'ai quand même des motifs de satisfaction. Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens, dit le sage. Et bien, à ce jour, même si la situation dans les vignes est un peu confuse, nous n'avons réalisé qu'un seul labour (à l'exception des deux parcelles que j'ai en fermage où nous avons fait preuve d'un peu plus de zèle mécanique. Pas question de se livrer à des expériences dans des vignes qui ne m'appartiennent pas, je ne veux pas être responsable de la mort d'un de mes propriétaires, victime d'une crise cardiaque lors d'une visite de ses vignes). Cette année, très peu de ceps ont donc été arrachés par mes charrues. Aussi, lorsque je marche dans mes vignes, je suis surpris de la souplesse des sols, bien qu'ils n'ont presque pas été remués. On en parlait avec mon chien pas plus tard qu'hier soir. C'est un vrai plaisir pour les coussinets de ses papattes. Et question consommation de carburant et émission de gaz à effet de serre, je peux aussi me vanter d'un bilan très positif pour cette campagne. On en parlait avec ma cuve à fuel pas plus tard qu'hier soir. Alors je crois que ça mérite quand même une petite semaine de congés, non.
Après, promis juré si je mens je vais en enfer, je retourne dans les vignes.
Kaamelott
Hilarant ! Même à jeun. ( Désolé pour la pub au début. )
Kaamelott Saison 2 Episode 67 : Spiritueux - wideo
Auteur : Alexandre Astier Réalisé par : Alexandre Astier Avec : Anne Girouard , Alexandre Astier, Nicolas Gabion, Lionel Astier, Thomas Cousseau © Calt - Dies Iræ – Shortcom
Auteur : Alexandre Astier Réalisé par : Alexandre Astier Avec : Anne Girouard , Alexandre Astier, Nicolas Gabion, Lionel Astier, Thomas Cousseau © Calt - Dies Iræ – Shortcom
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