Suite aux contrôles inopinés réalisés par le CIBAS ces dernières semaines, les vignerons bios du Beaujolais ont réclamé un rendez-vous au CIBAS pour exprimer leur ressentiment quant à ces contrôles. Une audience nous a été accordée hier matin. Si quelques uns manquaient à l'appel, la plupart des bios étaient présents. Les sujets suivants furent abordés :
Premier sujet: les critères de choix du CIBAS des parcelles à contrôler. Dixit le CIBAS, les contrôles ne sont pas (plus?) réalisés sur "recommandation", comme on me l'avait laissé entendre et comme j'ai pu l'écrire ici. Selon le plan d'inspection, 20% des parcelles du vignoble doivent être contrôlés chaque année. Afin de limiter les coûts de transport (pas dans le souci de limiter leur bilan carbone ;-), le CIBAS a découpé le vignoble en secteurs géographiques qui seront contrôlés sur un roulement de cinq ans. Au sein d'un secteur, toutes les parcelles sont inspectées, sans "préférence de traitement", que ces parcelles soient menées en bio ou en conventionnel. (Info ou intox, incapable de vous dire).
Deuxième sujet évoqué : nous avons demandé à ce que le CIBAS prévienne désormais les viticulteurs avant de réaliser les contrôles de leurs vignes, afin qu'ils puissent être présents le jour du contrôle et échanger avec l'inspecteur sur leurs pratiques culturales respectives. Notre demande a été jugée légitime par Guillaume de Castelnau, le président du CIBAS. Il doit s'en faire l'écho auprès de l'INAO afin de faire évoluer le plan d'inspection dans ce sens.
Troisième sujet : le point F du plan d'inspection,relatif à l'examen du bon entretien du sol et à la bonne gestion de l'herbe. Nous avons exprimé nos doutes quant à la compétence des inspecteurs à évaluer ce qu'est un sol "bien entretenu". Nous avons demandé la formulation de consignes plus précises dans le plan d'inspection pour permettre à l'inspecteur de faire son travail de contrôle de manière plus objective. Il a été décidé qu'un groupe de travail auquel seraient intégrés des vitis bios allait être constitué pour réfléchir à comment faire évoluer le plan d'inspection sur ce point délicat.
Si on fait donc le bilan de cette réunion, on peut dire qu'elle a été plutôt constructive. Les échanges ont été vifs, mais il faut reconnaitre, sans me faire l'avocat du diable, que nous nous sommes retrouvés face à des gens qui ne manifestaient pas d'hostilité particulière vis à vis de la bio ( non, non, je n'écris pas sous la contrainte d'un revolver braqué sur la tempe par le directeur du CIBAS).
La situation de notre vignoble est difficile, c'est un euphémisme. De plus en plus de vignes abandonnées, de plus en plus de vignerons qui doivent, pour joindre les deux bouts, travailler comme paysagiste, comme maçon en semaine et qui consacrent leur temps de "loisir" au boulot dans les vignes. Difficile donc, dans ces conditions, pour le CIBAS de réaliser sereinement les contrôles que sa fonction lui impose. On ne frappe pas un homme à terre. Pourtant l'INAO a menacé le CIBAS de lui retirer son accréditation si des contrôles ne sont pas réalisés et il a fallu alors au CIBAS faire preuve de plus de "volontarisme". D'où cette vague de contrôles à la fin de l'été. D'où la nécessité aussi pour le CIBAS de trouver des vignes non conformes, afin de prouver à l'INAO son "efficacité" en matière de contrôle. Et pour "faire du chiffre", les vignes des bios sont les cibles idéales. Elles présentent un aspect moins "polissé" que les vignes désherbées et traitées chimiquement et sont pour les contrôleurs une bonne source d'inspiration à l'écriture de leurs rapports. Seulement voilà, devant la prise de conscience générale de la catastrophe écologique engendrée par des décennies d'agriculture intensive et la volonté politique affichée de revenir à une agriculture plus propre, la minorité des bios trouve aujourd'hui une légitimité que les instances viticoles lui refusait jusqu'alors. Ce nouveau "statut" nous permet de demander une relecture des règles des appellations, à travers le prisme de la bio. Il nous permet d'affirmer qu'il vaut mieux des vignes avec de l'herbe, même beaucoup, que des vignes à l'aspect lunaire, où plus rien ne pousse à l'exception des ceps à la veille des vendanges, comme on peut malheureusement en voir encore aujourd'hui. Les instances locales du Beaujolais semblent prêtes à en discuter, avant de faire entendre notre voix auprès de l'INAO, ce qui est déjà en soit une petite révolution.
Espérons que cette volonté affichée aujourd'hui perdura au delà des vendanges et permettra de déboucher sur du concret. La route est droite, mais la pente est rude comme dirait l'autre. Et les bios ne souhaitent pas qu'elle soit goudronnée, ce qui renforcera la difficulté :) A suivre donc.
En ce qui concerne mon contrôle, j'ai profité de l'occasion pour savoir ce qu'il en était. Comme je n'ai toujours pas eu de réponse, à priori pas de souci pour mon clos.
Bravo Lilian, et bon courage pour ces vendanges !
RépondreSupprimerUn petit pas pour l'homme, mais un grand pas pour...la vigne !! Il faut persévérer, continuer dans cette direction, enfoncer le clou toujours un peu plus loin dans la réalité des faits !
RépondreSupprimerMoi ce qui me rend dingue c'est que des viti aient besoin d'avoir un travail "d'appoint", n'ont-ils donc pas trouver d'alternatives pour faire prospérer leur vignoble ? Le bio et toutes les portes qu'il ouvre ne leur parait donc pas etre une bonne solution, pour eux et leur santé, et pour la planete ??
Je suis contente pour ton clos! En même temps, c'était un peu prévisible parce que ton contrôle n'était pas vraiment anonyme...et du coup, on aurait pu aller crever les pneus de sa voiture, à ton contrôleur!!! s'il avait déclassé ton clos!
RépondreSupprimerIsabelle
Salut Lilian,
RépondreSupprimerNous t'avons vu avec Sophie dans le Point "spécial vins" :)
Félicitations pour ton travail qui est enfin reconnu...
À très bientôt,
Didier de Montparnasse
Au fait, Bravo,
RépondreSupprimerpour la belle photo et les commentaires de Jacques Dupont dans Le Point ''Spécial vins''.
Amitiés vigneronnes,
Francis
La pente est rude... mais tu es sur le bon chemin et dans la bonne direction !
RépondreSupprimerBravo pour la citation dans le "spécial vins" du Point.