La nature a horreur du vide. Le désherbage des vignes réalisé il y a un mois à la main, ou par le labour, a laissé le champ libre (c'est le cas de le dire) aux plantes estivales. Le sol remis à nu a favorisé la levée de dormance de leurs graines. Et voilà que désormais se mêlent aux quelques érigerons passés à travers les mailles du filet de notre premier nettoyage, des amarantes, des morelles noires et plus rarement, des chénopodes.
Quand je vois l'énergie qu'il nous a fallu déployer pour venir à bout de la première génération d'herbe (et encore, j'en suis pas tout à fait sorti !), j'ai parfois envie de baisser les bras. Enfin, vous me direz, quand on a les bras baissés, c'est plus facile pour arracher les mauvaises herbes, mais quand même.
Je vous pose la question; en ces premiers jours d'Août, où la France se fait dorer la pilule sur les plages, pourquoi j'aurais pas droit aussi à un peu de vacances ? C'est vrai, quoi. Sois bio et tais toi, c'est ça hein ? Et bien non.
Bon, le problème c'est de savoir quelle incidence ça peut avoir sur mes vignes.
Sans compter l'aspect esthétique de la chose. Cela peut paraître stupide, mais quand vos voisins offrent aux yeux du promeneur, grâce aux rogneuses et aux désherbants, le spectacle de vignes tirées au cordeau, vous ne pouvez pas vous empêcher de culpabiliser d'avoir des vignes moins "propres". Sans doute une réminiscence de mon passé d'informaticien. Un ordinateur, c'est zéro ou un et ça a créé chez moi une certaine tendance à la psychorigidité. J'aime bien les trucs carrés, bien que je trouve que finalement j'évolue assez vite là dessus. Mes voisins aussi, je suppose.
Mais là n'est pas bien sûr l'essentiel. La vraie question est de savoir quelle incidence peut avoir cette nouvelle génération de mauvaises herbes sur la prochaine récolte. Puis-je laisser tout ça comme ça et emmener ma progéniture faire des châteaux de sable à la mer, ou le risque est-il trop élevé de voir les raisins se dégrader, de part l'humidité résiduelle créée par la biomasse de ces plantes et les obstacles qu'elles constituent à la circulation de l'air dans les pieds de vigne et à la pénétration de la lumière nourricière, au point de compromettre le potentiel quantitatif et qualitatif de la prochaine vendange, déjà mis à mal par une météo capricieuse ?
Mais à contrario, je me plais parfois à penser, compte tenu des précipitations importantes de ces derniers jours, que cela est bénéfique à la vigne, en absorbant l'eau en excès dans les sols.
Ces questions ont pour le néovigneron que je suis autant d'importance que celle de l'existence de Dieu pour un séminariste. Un peu moins pour mes enfants qui ont déjà préparé les tubas et les masques de plongée.
Mais comme pour l'existence de Dieu, pas facile de trouver des éléments de réponse. On lit tout et son contraire sur l'impact de l'herbe sur la vigne. Pour être honnête, les études que j'ai pu lire portaient sur l'examen de l'enherbement "maitrisé". En ce qui me concerne, question maitrise, on a fait mieux, même si j'ai laissé partir l'herbe volontairement au début. Malgré tout, j'ai quand même des motifs de satisfaction. Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d'où tu viens, dit le sage. Et bien, à ce jour, même si la situation dans les vignes est un peu confuse, nous n'avons réalisé qu'un seul labour (à l'exception des deux parcelles que j'ai en fermage où nous avons fait preuve d'un peu plus de zèle mécanique. Pas question de se livrer à des expériences dans des vignes qui ne m'appartiennent pas, je ne veux pas être responsable de la mort d'un de mes propriétaires, victime d'une crise cardiaque lors d'une visite de ses vignes). Cette année, très peu de ceps ont donc été arrachés par mes charrues. Aussi, lorsque je marche dans mes vignes, je suis surpris de la souplesse des sols, bien qu'ils n'ont presque pas été remués. On en parlait avec mon chien pas plus tard qu'hier soir. C'est un vrai plaisir pour les coussinets de ses papattes. Et question consommation de carburant et émission de gaz à effet de serre, je peux aussi me vanter d'un bilan très positif pour cette campagne. On en parlait avec ma cuve à fuel pas plus tard qu'hier soir. Alors je crois que ça mérite quand même une petite semaine de congés, non.
Après, promis juré si je mens je vais en enfer, je retourne dans les vignes.
elles sont belles tes vignes avec toutes cette herbe! les nôtres ressemblent beaucoup à ça. et t'inquiète pas, tes voisins s'habitueront !
RépondreSupprimerTu verrais l'état de mon jardin... Déjà quand je le tonds, ça ressemble à une jungle à côté des jardinets round-upés de mes voisins. Mais cette année je n'ai même pas eu le temps de tondre. L'autre jour j'arrivais à peine à en ouvrir la porte d'entrée, tellement l'allée était envahie d'herbes folles !!!
RépondreSupprimerSeul point positif : mes voisins ont enfin abandonné le round-up. Même eux ne s'illusionneraient plus d'un "spectacle de vignes tirées au cordeau".
Donc, surtout ne culpabilise pas, ce serait plutôt aux utilisateurs massifs désherbants de culpabiliser, non ?
chez nous les vignes ne sont plus desherbée a la main depuis cette année, ont debroussaille, le resultat est super, c'est plus rapide ont va passer 3 fois cette année. Et pour la premiere depuis longtemps ilnous reste un peu de temps libre. courage ;
RépondreSupprimerJ'ai bien connu ce découragement, je compatis. Oui il faut défricher la jungle d'un mois d'août par trop tropical avec tous les moyens du bord , canadien, intercep... ou bien si c'est ingérable, tondeuse et rotofil. Sur une terre qui reprend vie il est normal d'avoir des amarantes, des prêles etc. à profusion.
RépondreSupprimerJacques Sallé
Je ne connais pas le terroir où vous êtes, je sais que dans le Roussillon, il vaut mieux pas trop d'herbe (stress hydrique), et en Aquitaine, on peut en avoir plus. Moi aussi, je tonds ma parcelle de Barbeyrolle.. et c'est plutôt pas mal. L'herbe va aussi protéger le sol du soleil d'Août...! Un coup de rotofil avant la maturitée... de toute faèon, il ne semble pas que votre vigne ait un stress hydrique.. alors pas de stress esthétique!
RépondreSupprimerpour te rassurer, il y en a d'autres qui constate que leur vigne fait de manière plus propre sont d'aspect moins propre. dans l'année, je suis allée voir un film sur l'agriculture au ciné 400 coups a villefranche (on devait etre 6 dans la salle..)et j'ai retenu une phrase. Certains prefere avoir un sol propre MAIS mort et d'autres un sol enherbé mais vivant. Et dieu sait comme l'herbe est difficile a gérée...
RépondreSupprimerMerci pour vos messages d'encouragement, mais je crois qu'il va falloir que j'arrête de me plaindre, on va finir pas penser qu'aller à la vigne est pour moi un calvaire alors que c'est tout le contraire !
RépondreSupprimerLilian