Merci aux uns et aux autres pour vos commentaires sur ce blog et sur facebook. Je stresse un peu avec cette histoire de contrôle et si cela n'en changera pas l'issue, c'est toutefois réconfortant de voir qu'il y a des personnes qui comme moi considèrent que la présence d'herbe dans les vignes n'est pas forcement un crime de "lèse-viticulture" !
Hier, j'apprenais qu'un autre bio du beaujolais avait fait l'objet d'un contrôle de ses vignes par le CIBAS, suivi d'une procédure de déclassement. Ça commence à faire beaucoup... J'attends quant à moi toujours des nouvelles. Mais quelque soit l'issue du contrôle, j'ai décidé de solliciter un rendez-vous auprès du CIBAS afin de connaitre les raisons qui l'ont motivé. J'admets que la définition de règles et le contrôle du respect de ces règles donnent tout son sens à la notion d'appellation. Mais avec le recul, je pense qu'on pourrait prévenir les viticulteurs de la visite des contrôleurs, ne serait-ce que la veille, voire le jour-même. Afin que le viticulteur puisse être présent et échanger avec l'inspecteur sur ses pratiques culturales.
Car j'ai relu le plan d'inspection défini par l'ODG sur lequel s'appuie le contrôleur; nombre de points à contrôler sont malheureusement sujets à interprétation. Et quand l'objectivité du contrôle ne peut être garantie, il faut pouvoir opposer à la subjectivité du contrôleur celle du viticulteur, sauf à vouloir absolument le piéger !
Si je reviens sur le point épineux du "dossier", à savoir l'état cultural de la vigne (feuillage et entretien du sol), le caractère éminemment subjectif de l'interprétation est indubitable. Le plan d'inspection ne donne aucune indication sur la méthode de contrôle. Il est juste écrit sur le formulaire du plan d'inspection, quant à la méthode à utiliser par l'inspecteur pour s'assurer de l'adéquation de l'état de la vigne aux règles de l'appellation, la mention "contrôle terrain", sans autre forme d'explication qui pourrait l'aider dans son travail...
On se doute bien dans ce cas, que d'un inspecteur à l'autre, l'appréciation de l'état cultural peut différer. Certains, encore empreints de la culture "parcs et jardins", pour reprendre une expression de Marc Dalbavie du Domaine de la Voie Blanche, considéreront la présence de "mauvaises herbes" comme une "anomalie" culturale. D'autres, au contraire, plus préoccupés par la "question écologique", considéreront cette présence comme un facteur d'accroissement de la biodiversité !
Car si les herbes peuvent dans certains cas, outre l'aspect "inesthétique" que certains peuvent y trouver, constituer une contrainte pour la vigne, ailleurs, elles peuvent lui être bénéficiaires.
D'un côté, elles peuvent être à l'origine d'un stress hydrique pour la vigne, exercer une concurrence trop forte sur les pieds de ceps jusqu'à entrainer leur dépérissement, provoquer des carences en azote, facteur de fermentations languissantes, installer une humidité résiduelle, facteur accroissant du risque de gel, ou de coulure, ou encore favoriser la création d'un écosystème propice à l'installation de ravageurs de la vigne.
De l'autre, à contrario, elles constituent un facteur d'amélioration des conditions d'apparition des prédateurs de ces ravageurs, les auxiliaires de la vigne, elles sont un facteur d'amélioration des sols par leur capacité de "dépollution", tel le datura stramonium par exemple qui purifie les sols chargés en pesticides, datura qui envahissait l'an dernier une de mes parcelles et qui a complétement disparu aujourd'hui ! Ces adventices participent aussi à l'amélioration de la vie des sols, les ray-grass par la capacité de leur système racinaire à créer un pseudo complexe argilo humique, les chardons dont les racines traçantes et pivotantes contribuent à la décompaction des sols, les légumineuses par leur capacité à fixer l'azote.... Elles peuvent également absorber l'eau en excès des sols hydromorphes et contribuer à l'amélioration de l'oxygénation du système racinaire des vignes et participaient ainsi à l'amélioration de santé du végétal. Elles limitent les phénomènes d'érosion. Elles sont un moyen de lutte efficace de prophylaxie contre la pourriture grise. J'ajouterai, qu'en laissant les mauvaises herbes s'installer, on prévient l'apparition d'autres herbes à germination plus tardive, dont la concurrence sur la vigne pourrait être plus dommageable que celles exercées par les précédentes. Et la liste n'est pas exhaustive. On peut aussi affirmer qu'en concurrençant la vigne, l'herbe en diminue la vigueur et la rend moins sensible aux maladies cryptogamiques tel que le mildiou. Aussi, qu'elle l' oblige à chercher en profondeur l'eau dont la prive l'herbe, la rendant finalement plus résistance les années de déficit hydrique. J'ai discuté récemment avec Guy Blanchard un vigneron bio du Maçonnais. Il me disait que cette année les vignes les plus belles chez lui sont celles qui sont enherbées. Mais il a démarré l'enherbement il y a neuf ans...
Et l'enherbement présente sans doute encore bien d'autres "vertus" (même origine étymologique que "vert" ? :-) que je ne connais pas.
J'avais eu il y a quelques mois un échange par mail avec un botaniste, expert en plantes messicoles, ces "mauvaises herbes" qui poussent dans les cultures céréalières. De part sa spécialité, je m'étais permis de solliciter son avis sur ce qu'il était préférable de faire quant à l'entretien des sols d'une de mes parcelles où un petit ray-grass s'était installé au début du printemps. Je m'interrogeais sur la pertinence d'un labour qui l'aurait détruit alors que celui-ci me semblait plus bénéfique que nuisible à ma vigne.
Je reproduis ici des extraits de mon mail d'interrogation et de la réponse qu'il avait eu la gentillesse de me faire :
Ma question :
" ...Je suis en ce moment dans une période critique, le passage de la fleur de la vigne, et je me demande si je dois tondre mon ray-grass qui peut créer des zones d'humidité à hauteur des inflorescences et perturber la chute des capuchons. Mais en faisant cela, j'ai peur de perturber le réensemencement de ce petit ray-grass qui me semble particulièrement adapté à ce que je souhaite faire (limite concurrence d'autres mauvaises herbes et semble ne pas trop "tirer" sur le sol, à en voir la vigueur actuelle de mes vignes qui se rapproche de la "normale" des vignes voisines..."
Sa réponse :
" ...Ce ray-grass est issu du stock semencier du sol puisque vous ne l'avez pas semé, donc votre intervention ne limitera pas ou peu l'année prochaine sa réapparition. Par contre si pendant des années vous effectuez la même manip (fauchage à cette période) vous allez introduire une pratique de sélection qui va conditionner la présence d'autres espèces et éliminer celle-ci. De même l'absence de travail du sol va faire émerger des bisannuelles à enracinement plus profond et à biomasse plus importante, de taille élevée donc plus problématique pour les aspects sanitaires de la vigne (humidité résiduelle, concurrence).
L'application d'une mosaïque de pratiques (fauchage, travail du sol, semis) peut permettre une relative hétérogénéité bénéfique : c'est-à-dire un système assez instable avec des "opportunités" très
variables (dormance, climat) conjuguées avec des actions volontaires décidées..."
Je vous laisse méditer sa réponse. Elle démontre en tout cas qu'il est bien compliqué pour un inspecteur de l'INAO de s'assurer de la pertinence des pratiques culturales des viticulteurs ! On ajoutera qu'il n'est absolument pas prouvé que l'herbe puisse nuire, au final, à la qualité du vin, et ceci n'est pas un point de détail ! On peut même légitiment se poser la question inverse, quoiqu'un collègue bio m'ait dit que le laiteron pouvait transmettre des goûts végétaux au vin... J'ai donc pris un soin particulier à faire disparaitre ce type d'adventice. On ne sait jamais !
Je vous laisse, j'ai encore un certain nombre d'érigérons à arracher dans mon clos !
De tout coeur avec vous, Lilian.
RépondreSupprimerJe me suis permis de vous citer ici:
http://hlalau.skynetblogs.be/archive/2010/09/05/indignation.html
Et à lire les commentaires, je ne suis pas le seul à m'indigner. Même si le ridicule ne tue pas, peut-être pourrons nous à nous tous faire bouger les choses.
Dans cet espoir
Hervé