mercredi 5 mai 2010

De gré ou de force

 Y'a plus de saison, ma pauvre dame. La semaine dernière, il faisait une chaleur à se promener en slip et en marcel dans les vignes (je suis de la vieille école, je mets pas de caleçon. En fait, c'est ma mère qui m'achète mes sous-vêtements.). Puis cette semaine, d'un coup d'un seul, on se croirait revenu en hiver. 4 degrés Celsius ce matin. (pour mes nombreux lecteurs américains, il vous suffit de prendre la température du jour en degrés Celsius que l'on divise par 5/9, à laquelle on ajoute 32 pour obtenir le degré Farenheit.) Hier matin, j'ai ressorti les gants pour aller bosser dans les vignes.  Et il ne faudrait pas que les températures continuent de descendre sinon je sais pas avec quoi on va faire du vin cette année. Sauf si on obtient une dérogation pour gagner 13° (d'alcool) à la chaptalisation.
  Aujourd'hui, rebelote. Temps affreux. Awful time. Le matin, j'ai eu la visite de mon contrôleur Ecocert. On est bien sorti dix minutes pour faire le tour des vignes devant la maison, mais on a quand même réussi à rester la matinée tous les deux tranquillement à l'abri à l'intérieur à remplir deux trois papiers, à éplucher mes factures, à boire un café, à papoter sur le développement de la bio. J'ai un énorme scoop d'ailleurs à vous donner. Tenez vous bien, à la Romanée Conti (qui fait partie des trois quatre grands domaines avec les Bachelards qu'il contrôle), y'avait même pas une prise électrique aux normes, avec prise de terre, pour y brancher son ordinateur ! Alors que chez moi, si ! Qui a dit que dans le Beaujolais, on savait pas faire dans la qualité. Qu'ils se mettent aux normes électriques les bourguignons et après on verra si on prend cinq minutes pour déguster leurs vins.
  L'après midi, dix de der. Temps horrible. Horrible time. Et bien je me suis rappelé que j'avais à remplir le dossier de la PAC pour obtenir les aides à la conversion bio. 350 euros par hectare par an pendant cinq ans. C'est toujours bon à prendre aux contribuables que vous êtes. Depuis cette année, les déclarations peuvent se faire en ligne. Un gros serveur pour remplacer une escouade de fonctionnaires partis en retraite. J'entends souvent des critiques sur le montant des aides accordées aux agriculteurs dans le cadre de la politique agricole commune. Et bien laissez moi vous dire que je ne les partage pas. Rien que pour remplir mon dossier en ligne, et répertorier, à l'aide (le terme est-il bien choisi?) de l'outil de cartographie, mes sept hectares de vigne, il m'a fallu cinq heures. Sessions expirées, actions annulées, temps de connexion dépassés, enfants frappés (c'est mercredi), ordinateur broyé, fonctionnaires conspués, informaticiens détestés. Cinq heures de combat dont je suis finalement sorti vainqueur. Moi outragé. Moi martyrisé. Mais moi libéré. Enfin j'espère. Imaginez le calvaire pour le céréalier de base et ses trois cents hectares. Mais il lui faut embaucher une personne à plein temps pendant trois mois pour remplir son dossier. Et sans les aides, comment il ferait pour s'en sortir ? Je vous pose la question.



3 commentaires:

  1. cela explique aisément, pourquoi j'ai abandonné de demander ces aides il y a quelques années déjà: 1,5 ha, fais le calcul. Ils ont accepté, que mon temps et mes nerfs m'étaient plus utiles dans mes vignes en zone de montagne défavorisée...

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  2. Je découvre aussi la joie des dossiers. Comme vous je viens juste de quitter (enfin presque) l'informatique pour rejoindre 12 ha de vigne dans le bordelais.

    Philippe
    http://devenirvigneron.betschart.org

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  3. Félicitations Philippe ! Mais ne jetez pas tout de suite votre ordinateur. Ça peut servir le soir après la journée dans les vignes, pour se détendre en écrivant deux trois trucs sur son blog.
    Bonne chance dans votre installation.
    Lilian

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