Hier, notre embouteilleur est passé au domaine afin de planifier la mise en bouteilles du millésime 2009. C'est un moment important pour moi que la mise en bouteilles de ce que je considère être mon premier millésime. Certes, nous avons racheté le domaine en 2007 et avons déjà produit en notre nom deux récoltes. Mais ce millésime 2009 est différent. Libéré de mon ancienne activité, j'ai pu participer à tous les travaux qui ont contribué à sa genèse; à la vigne, avec la taille, les traitements, les émondages, les cisaillages, les relevages, les labours, les vendanges; au cuvage, où j'ai réalisé (sous le contrôle de mon œnologue) toutes les opérations de vinification, où nous avons vinifié en levures indigènes certaines cuvées (une volonté pour moi de laisser le terroir s'exprimer même si pour certains collègues vignerons bios du Beaujolais au professionnalisme indiscutable, le levurage exogène n'est pas incompatible avec l'expression du terroir) ; à la cave enfin, où j'ai suivi et contrôlé chaque fût, chaque foudre, chaque cuve de stockage afin de m'assurer de la bonne évolution de mes vins.
C'est aussi la première année depuis longtemps que les vignes des Bachelards n'ont pas vu une goutte d'herbicide ni de pesticide. Que de sueur cela m'a coûté, à arracher par exemple à la main des milliers d'érigérons que mes charrues n'arrivaient pas à détruire, que d'inquiétudes j'ai pu connaître quant à l'efficacité de mes traitements, quant aux dégâts engendrés par le travail des sols, les ceps arrachés, les racines sectionnées, mais que de satisfactions et de fierté tout au bout du chemin.
Je suis conscient des conditions exceptionnelles dont j'ai bénéficié. J'ai eu l'occasion de discuter il y a peu avec Georges Duboeuf qui affirmait n'avoir jamais connu, de toute sa longue carrière dans le vignoble du Beaujolais, un millésime d'une telle qualité. Nous avons bénéficié effectivement de conditions climatiques exceptionnelles. Le soleil a brillé tout l'été et la pluie , providentielle, est tombée quelques jours avant les vendanges, libérant les vignes du stress hydrique qu'elles commençaient à subir. La chance du débutant en quelque sorte ! Partagée avec des milliers de viticulteurs du Beaujolais et c'est tant mieux pour cette région sinistrée. Espérons que les dieux du vin nous accompagneront encore pour ce nouveau millésime.
Aux Bachelards, nous vinifions du Fleurie, du Moulin à vent et aussi un peu de Beaujolais-Village.
Le Fleurie correspond à la plus grande partie de notre production, cinq hectares environ, auxquels s'ajoutent un peu plus d'un hectare de Moulin et un hectare de Village. Si l'appellation Moulin à Vent est connue et appréciée dans l'hexagone, le Fleurie l'est beaucoup moins. Pourtant, j'ai trouvé sur le site de la BNF un manuel de sommellerie de 1920 où les Fleurie étaient classaient par son auteur dans la catégorie "vins fins" et considérés comme les meilleurs vins rouge du Rhône avec les Côte-Rotie ! Gageons que les viticulteurs du cru sauront à l'avenir en redorer le blason. Petite consolation néanmoins, si sa notoriété est faible en France, c'est par contre un vin très prisé des suisses dont le négoce achetait à prix d'or les caves des viticulteurs il y a peu encore. Mais les vins du nouveau monde, les crises économiques, la lassitude, qui sait, sont passés par là et les suisses ne sont plus les consommateurs qu'ils étaient. Les britanniques également grands amateurs de Fleurie freinent leurs exportations, crise économique oblige. Cela se traduit par une conjoncture tendue, mais malheureusement quel vignoble, quelle appellation aujourd'hui ne souffre pas de la crise ?
Notre Fleurie 2009 est élevé en foudres mais aussi en fûts neufs. J'ai été impressionné par la force et la "consistance" du millésime qui supporte allégrement les tanins marqués des fûts neufs. En 2008, le millésime étant plus "dilué", nous n'avons pas utilisé de fûts neufs, le vin aurait été "écrasé" par le bois. En 2007, même si le millésime avait été pluvieux, les vins présentaient suffisamment de corps pour un passage en fûts neufs. J'avais gouté à de multiples reprises le vin directement aux fûts et l' avais trouvé néanmoins un peu juste pour ce type d'élevage. L'assemblage et surtout le temps me donnent tort, notre 2007 étant plutôt plaisant aujourd'hui. C'est en forgeant que l'on devient forgeron et il faut aussi savoir faire confiance de temps en temps à son œnologue !
Mais pour le 2009, c'est incroyable de voir l'aptitude du vin à " se superposer", à "concurrencer" en quelque sorte le bois des fûts neufs. Tellement ce vin est ample, corpulent, nous pourrions, à partir de nos seuls fûts neufs, réaliser une cuvée spéciale que nous appellerions la "cuvée fûts de chêne (neufs!)". Une cuvée surbodybuildée certes, mais une cuvée où il serait donné de voir que le bois ne sera jamais le maître des vins issus de grands millésimes, même lorsqu'il s'agit d'un vin du Beaujolais !
Notre Beaujolais-Village quant à lui, provient de deux parcelles différentes mais très proches l'une de l'autre, situées sur la commune de Lancié, à la limite Est de l'appellation Fleurie. Nous avons acheté ces vignes l' année dernière, à peine plus chère que le prix de l'arrachage, tant le vignoble est sinistré. Il y a dans le Beaujolais pour les jeunes vignerons hyper hyper hyper motivés de vrais opportunités à faire. Mais il leur faudra être hyper hyper hyper motivés ! Là aussi, ce sont de très vieilles vignes pour un rendement lui aussi confidentiel. Mais donnant au final, un vin très agréable, vinifié en levures indigènes. Ce que les terroirs de Beaujolais Village peuvent produire de meilleur, ce n'est pas moi qui le dit, mais quelques dégustateurs avertis qui ont pu gouter notre vin. Mais rappelons le, le millésime 2009 est exceptionnel et nous verrons si l'année prochaine nous serons capables d'une production aussi intéressante...
Notre Moulin à Vent est lui aussi issu de deux parcelles différentes; l'une, sur la commune de Chenas, l'autre, sur la commune de Rhomanèche Thorins. Encore de vieilles vignes, aptes à produire des vins très concentrés et de la longue garde, mais au rendement là aussi très faible : 22 hectos pour 1,2 hectare cette année. Il faut dire que nous avons commencé à travailler le sol de ces parcelles depuis deux ans, ce qui se traduit immanquablement par une chute des rendements, surtout avec les vieilles vignes qui n'aiment pas qu'on chahute leur système racinaire. Ce rendement très faible est bien souvent synonyme aujourd'hui pour l'amateur d'une volonté du viticulteur à produire des raisins, très concentrés, capables de produire les meilleurs vins. Mais, en ce qui nous concerne, je dois bien l'avouer, cela ne relève pas du tout d'une décision voulue ! Pas très marketing, tout ça, mais bon, j'ai horreur du marketing alors ça tombe bien.
La parcelle de Chénas a été griffée au cheval, par Alain, un viticulteur de Fleurie passionné par les chevaux et qui réalise avec un succès grandissant des prestations de labour au cheval dans la région. Un essai que je pense reconduire cette année à plus large échelle. Mais cela dépendra des finances.... car en viticulture comme ailleurs le principe de plaisir s'oppose malheureusement au principe de réalité !

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