dimanche 28 mars 2010

L'odeur de fiente des vins naturels est elle naturelle ?

  La taille est terminée. Je le dis comme ça, l'air de rien, mais ça fait quatre mois que ça dure et  je suis bien content de passer à autre chose. La semaine prochaine sera consacrée à une série de petits boulots avant les labours. Car si le printemps est la saison des amours pour les animaux, il est aussi la saison des labours pour les vignerons, ce qui nous fait, à nous autres, double de boulot. Mais avant, il faudra que je fasse sauter à la pioche quelques grosses touffes d'herbes qui étouffent les pieds de mes ceps, que je remplace quelques piquets cassés, que j'épande l'engrais de farine de plumes de volailles et que je commence à émettre des phéromones.

  Le producteur d'engrais n'assurant pas de livraison sur Fleurie, il nous a fallu le récupérer sur place. Le site de production est situé à une vingtaine de kilomètres de chez moi. Ici, on produit de la dinde de batterie et en plein air (mais surtout de batterie) à échelle industrielle. Pour pas gââcher, le principal producteur du coin a décidé il y a une dizaine d'années de créer une entreprise de transformation en engrais des déjections et des plumes de volatiles (Christine, si tu nous lis).

 Lorsque nous sommes arrivés sur place, je me suis demandé comment on pouvait travailler à longueur d'année dans un lieu pareil. Odeur pestilentielle, insalubrité extrême. Un énorme tuyau suspendu au plafond achemine en continu les litières des élevages de dinde situés à proximité, qui s'abiment à intervalle régulier,  dans un gros splatch, dans une fosse de récupération. Au début on cherche d'où peut provenir ce bruit et quand on finit par en trouver l'origine, on se sent un peu nauséeux. Le splatch libérateur des toilettes sèches mais à la puissance 100 en quelque sorte, pour que vous puissiez bien voir le truc.  Un des gars qui bosse sur place m'a dit que le lundi matin en été à l'ouverture de l'entrepôt, il y a plus de mouches au m2 que de bikinis sur les plages de la cote d'Azur.




 Moi qui ai toujours eu horreur de me retrouver au milieu de ces foules amassées sur le sable, je crois que je pourrais pas bosser là bas. Et c'est pas bon pour la libido de tout façon.

  Alors que le responsable logistique nous préparait le bon de livraison, je sais plus comment c'est venu sur le tapis mais on s'est mis à parler de farine animale et de maladie de la vache folle qui frappait aussi les dindes. Le gars nous a dit que depuis qu'il était interdit de donner aux dindes à bouffer les restes d'autres animaux, elles étaient peut-être moins folles mais elles étaient devenues moins résistantes aux maladies et qu'on était obligé de les bourrer d'antibiotiques pour limiter la mortalité. Ils devraient leur donner des antidépresseurs aussi pour mieux supporter la promiscuité avec leurs congénères ou les déplumer et les mettre en bikinis.

 En parlant d'antibiotique, j'ai lu sur vitisphère un article assez édifiant. Beaucoup de vins argentins seraient contaminés par un antibiotique, la natamycine (1 vin sur 2 sur 500 échantillons testés). Le laboratoire Excell qui a été chargé de cette étude a identifié comme source de contamination des vins l'utilisation de produits oenologiques « Nous avons trouvé des doses importantes de natamycine dans des produits à base de dérivés d’écorces de levure et dans des tannins œnologiques », affirme Pascal Chatonnet, le patron du labo. « Cela ne concerne que des produits fabriqués localement en Amérique du Sud, et dont la plupart proviennent de dérivés de bio-éthanol en provenance du Brésil. Nous n’avons pas trouvé de natamycine dans les produits œnologiques européens que nous avons contrôlés » s'empresse t-il d'ajouter. Je veux bien le croire ce Monsieur. Le problème c'est que pour le vigneron moyen, il est bien impossible de savoir ce qui peut réellement se trouver dans les produits oenologiques que tout bon marchand va chercher à nous refourguer. Et croyez moi, on cherche à nous en refourguer.

 L'année dernière, j'ai assisté à une réunion avant vendanges organisée par un vendeur de produits du cru.  Je connaissais pas encore ce genre de grand messe. Je suis donc allé voir. Et bien, j'ai trouvé ça très instructif. J'ai eu droit à un joli discours d'un œnologue travaillant pour un grand labo sur les incroyables vertus des produits de sa firme; tu veux du gras ? Mets un peu de ça. De la couleur ? mets un peu de ci. Plus de gras, ajoute ça, du bois, mets du bois en poudre. Et attention, il faut super super bien nettoyer tout avant de vinifier. Sinon, catastrophe ! T'as plein de levures sur le matériel vinaire alors déconne pas avec ça ! Donc tu nettoies tout avec du chlore ou du peroxyde (on fait les deux produits donc on te laisse choisir celui que tu préfères selon ta "sensibilité"). Mais avant tu dérougis et après tu réacidifies au tartrique pour remettre le tartre (le bon) que t'as enlevé (le mauvais). T'inquiète pas, on a tous les produits qu'il faut pour ça  (ouf !). Et puis prends ça aussi, tu verras, c'est super. Mais si, c'est autorisé. Alors pour la brett, il faut que la malo se fasse au plus vite, donc si je peux te donner un conseil, t'hésites pas, tu charges en bactéries lactiques juste après la FA...

 Deux heures comme ça. Vraiment très instructif.

 J'ai aussi eu un beau tee-shirt que je garde pour les concours de tee-shirts mouillés auxquels je participerai quand j'aurai pris ma retraite sur la cote d'azur.

 Et nous voilà où je voulais en venir (je le fais bien le gars qui maitrise ?). Que faut il faire ? Vinifier sans ces artifices au risque de produire des vins moins gras, moins colorés, moins alcoolisés, moins bons , déviants ? Mais où on ajoute pas de produits chimiques aux produits chimiques qu'on consomme tous les jours sans le savoir, et dont des labos ont retrouvé des traces dans nos aliments, en mangeant des dindes par exemple, ou du miel ( streptomycine, tétracyclines), du poisson (vert de malachite, chloramphénicol ), des crevettes (nitrofuranes ), des oeufs (lasalociddans) etc.

 Combien de temps le consommateur doit il être la dinde de la farce ? Quand on est un néo vigneron comme moi, c'est le genre de question qui vous turlupine pas mal. Alors moi, je vous le dis;  les vins merdiques, ça doit pas être automatique.

7 commentaires:

  1. Bravo pour votre démarche, j'espère avoir bientôt l'occasion de gouter vos vins !

    A lire cet article on se demande encore comment on ose nous vendre le discours du "terroir" et de la "tradition" dès qu'on parle de vin. De toutes façons, pour une large part du "grand public", le vin c'est traficotages & Cie.

    Au fait, vous ne répondez pas à la question du titre ;-)

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  2. Merci pour votre commentaire. Moi aussi, j'espère que vous aurez bientôt l'occasion de gouter mes vins !! :-))

    Bien à vous.
    L Bauchet

    PS : pour la question du titre, laissez moi quelques millésimes, ça serait bien le diable que je ne finisse pas par y répondre un jour ! ;-)

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  3. Cela me surprend de mettre des plumes de volailles en batterie bourrées d'antibiotiques dans un vignoble bio ?

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  4. J'aime beaucoup ton blog, il me fait sourire... quelquefois d'effroi!!Isabelle Perraud, Côtes de la Molière

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  5. Ce sera avec plaisir. Est-il distribué chez des cavistes ou ne vendez-vous qu'au domaine ?

    En attendant quelques millésimes pour pouvoir répondre à la question mystère ;-)

    Bien à vous
    Hub'

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  6. Moi aussi, cher Arthur, ça me surprend que de l'engrais de la sorte soit agréé bio ! J'avais discuté avec mon controleur Ecocert il y a quelque temps et il m'avait dit que certains produits, comme les engrais notamment, étaient agréés bio parce qu'il n'y avait pas assez de produits réellement bios dispos sur le marché pour répondre à la demande. J'en fais donc ici, en quelque sorte, les "frais". Depuis, je me suis renseigné auprès d'un viti bio du coin. Il m'a rencardé sur un fournisseur d'engrais bio bio... Mais ça sera pour l'année prochaine maintenant !

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  7. Cher Hub,
    Je dois commencer à chercher des cavistes qui seraient prêts à vendre mes vins, mais pour le moment, vente exclusivement au domaine... Je peux vous envoyer mes tarifs par mail si vous le souhaitez. Écrivez moi à lbauchet@bachelards.com et je vous répondrai.
    Merci de l'intérêt que vous portez à mes vins. J'espère qu'ils ne vous laisseront pas sur votre soif le jour où vous les gouterez ! Car, sans vouloir faire preuve de fausse modestie, chaque jour qui passe me renforce dans la conviction qu'il me reste énormément à apprendre pour devenir un bon vigneron... En même temps, c'est ce qui fait tout le charme de la nouvelle vie que j'ai choisie !
    Bien à vous.
    Lilian Bauchet

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