dimanche 20 décembre 2009

Vers à boire

Amis du vin et de la poésie, bonjour.

Quelques vers de Théophile Gauthier pour égayer votre journée, tirés de l'ouvrage d'Octave Pradels, le vin et la chanson.


"Honte à qui d'eau claire se mouille,
Au lieu de boire du vin frais !
Devant les brocs qu'il s'agenouille,
Ou bien qu'il se mue en grenouille,
Et barbote dans les marais"






Et ceux de Panard, célébrant le verre (à pied !) ...




Descendre à la cave est un plaisir facile, en remonter offre plus de difficulté...

"La cave où mon vin est serré, 
Est un vieux couvent effondré,
Voûté comme une vieille église;
Quand j'y descends, je marche droit,
De mon vieux vin, je bois un doigt...
Un doigt, deux doigts... et je me grise...
A moi le mur !... Et le pilier ! ...
Je ne trouve plus l'escalier..."


                               

mardi 15 décembre 2009

Quand homme blanc démonter foudres

 Aujourd'hui démontage de deux vieux foudres se trouvant dans une pièce destinée à devenir notre nouveau local bouteilles. 

 Meuleuse, masse, tronçonneuse. Et du bois pour l'hiver.

 Avant...



Après...




 Non, non, ce n'est pas une œuvre d'Arman. C'est moi qui l'ai fait.


Ça, c'est Arman.



Ça, par contre, c'est moi


 

 Ah ça, par contre, c'est Arman





Ça, c'est moi. C'est les cerceaux de fer qui tenaient les douelles des foudres




Ah ça, c'est pas moi, c'est Richard Serra




Ça, c'est dans ma cave


Ah ça, c'est Marcel Duchamp




Et ça, c'est Ben








 Les travaux du local bouteilles démarrent semaine prochaine. Ensuite on enchaîne sur la rénovation du cuvage et la création d'un lieu de dégustation pour nos clients de passage.

 J'ai bien fait de couper du bois, il va y avoir du monde à chauffer aux Bachelards cet hiver... Et l'hiver sera rude, parait il.



 

lundi 14 décembre 2009

Tous les cretois sont des menteurs

Je viens d'achever la lecture du dossier "Les enjeux de la sélection végétale" du dernier numéro de "Réussir Vigne". Lecture difficile, qui a provoqué chez moi un sentiment nauséeux, n'ayons pas peur des mots. Que nous dit ce dossier ? Les clones issus de technique d'hybridation ou de transgenèse sont l'avenir de la viticulture. Ils permettront de sortir des impasses techniques dans lesquelles les limitations d'usage de la chimie imposées par les récentes réglementations nous ont plongées. Ils sont la réponse au réchauffement climatique, en offrant des cépages plus résistants à la sécheresse. Les nouveaux clones présenteront une meilleure résistance aux principaux pathogènes de la vigne et seront, cerise sur le gâteau, plus qualitatifs.

Je ne reviendrai pas sur la notion de qualité. J'en ai déjà débattu ici, cette notion revêt le sens que chacun veut bien y donner, rien de plus. Je veux juste m'arrêter sur les progrès techniques que ces nouvelles variétés sont sensées nous apporter. Quelles autres solutions, d'après "Réussir Vigne", comme alternative à l'emploi des pesticides, "si ce n'est d'avoir recours à la génétique via, dans un premier temps, les croisements interspécifiques et dans un avenir plus lointain, si la société civile évolue favorablement sur ce point, via les OGM, pour créer des variétés résistances aux maladies ? Tout le monde, ou presque, en est aujourd'hui convaincu."

 Et bien, il faut croire que je ne suis pas comme tout le monde.

 Faisons un "petit" détour par l'histoire de l'humanité, avec Gilles Delluc, préhistorien au CNRS, qui qualifie le néolithique, la période de sédentarisation de l'homme, et à sa suite la révolution industrielle,  de "catastrophes" :  
"L’apparition progressive de la culture de quelques végétaux choisis (ici le blé, ailleurs le maïs ou le riz…) et de l’élevage d’animaux sédentaires et gras aboutit à une modification de notre environnement naturel et de notre mode de vie. C’est là une invention toute récente : moins de 10 000 ans. Durant 99,5 % de notre trajectoire humaine, nous avons été des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, nourris de viandes sans graisse et de plantes à fibres assez durement acquises. Depuis 0,5 % de notre évolution, nous nous sommes sédentarisés et avons choisi un mode de vie nouveau, qui a favorisé notre démographie.
On ne connaissait jusque-là aucune trace de carence et de violence chez les chasseurs du Paléolithique. Désormais le risque devient grand de subir des disettes au moindre aléa climatique, de voir éclore des épidémies, chez l’homme et l’animal, et d’attiser la convoitise du voisin devant les greniers pleins et les enclos garnis de troupeaux. Mais, après tout, famines, vols et guerres sont des phénomènes relativement accidentels et limités.
C’est à l’échelle mondiale que l’évolution s’est faite plus sournoisement. Notre patrimoine génétique est sans doute demeuré le même tout au long de notre trajectoire, mais notre organisme s’est modifié depuis le Néolithique. Par exemple, la stature des humains a rapidement diminué de quelque dix centimètres (indice d’une moins bonne nutrition) et les caries sont apparues, de même que les épidémies, la tuberculose et les cancers. Depuis la Révolution industrielle et le développement de notre civilisation moderne, les maladies de surcharge sont apparues et se sont multipliées.

Essayer de faire marche arrière ?

Par exemple, le diabète de l’âge mûr, dit de type 2, lié à la surcharge frappe environ 4 % de nos compatriotes et 6 % des Américains du nord. C’est pire encore chez les peuples naguère chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, qui paient un tribut plus lourd encore du fait d’un gène d’épargne : il atteint jusqu’à 50 % des Indiens Pimas d’Arizona, presque autant chez les Micronésiens de l’île de Nauru ou chez les aborigènes australiens urbanisés.
La simple comparaison du régime de nos ancêtres paléolithiques avec le nôtre et avec celui que recommandent les experts plaide en faveur de la nutrition préhistorique.
Si bien qu’au plan pratique, pour traiter une maladie de surcharge, au moment même où apparaît la nécessité de freiner la consommation médicamenteuse, les premiers mots qu’inscrit le médecin sur son ordonnance pourraient s’inspirer de tout notre passé et comporter quelques consignes simples : réduire les lipides animaux de la charcuterie et de la crémerie, les sucres rapides et le sel, privilégier le poisson, les glucides lents, les plantes à fibres, les huiles végétales, supprimer les boissons alcoolisées en dehors d’un peu de vin, arrêter le tabac et les autres drogues, pratiquer l’exercice physique.
La prévention du diabète de type 2 et des maladies de surcharge mériterait de s’inspirer des mêmes principes élémentaires, tout particulièrement dans les familles à risque…
C’est ce que recommandent les experts et l’étude de la nutrition préhistorique confirme que leur opinion est fondée.
Ce serait certainement un moyen pour l’homme d’aujourd’hui - et plus encore pour celui de demain - de vivre mieux et plus longtemps.
Ce serait aussi, accessoirement, un moyen de montrer que la Préhistoire, de temps en temps, cela peut servir à quelque chose…"





 ( Ouf, on peut encore boire du vin ! )

 Je veux revenir sur la principale idée du discours du préhistorien Gilles Delluc. L'homme a contrarié en dix mille ans un patrimoine génétique "acquis" depuis deux millions d'années, aux faveurs des hasards et nécessités de l'histoire. Aux faveurs des hasards et nécessités des histoires devrais-je dire, car il n'y a pas un Homme au sein de l' Environnement, mais des hommes au sein des environnements, avec leurs patrimoines génétiques distincts, ces fameux gènes d'épargne qui étaient jadis un atout pour l'homme lorsqu'il vivait dans le fil naturel de son histoire mais qui aujourd'hui , à notre époque de globalisation des mœurs, se retourne contre lui. Loin d'une vision anthropocentriste, il faut retenir que l'homme a "constitué" son patrimoine génétique, au sein d'un écosystème dont il fait partie intégrante. Cette adéquation des patrimoines génétiques à leurs environnements s'est construite sur des millions d'années, deux millions d'années depuis Homo Erectus, plus, si l'on tient compte de nos lointains ancêtres avec lesquelles nous partageons des caractéristiques communes. Les équilibres sont extrêmement fragiles et ne sont pas inscrits dans le marbre, en témoignent les phénomènes de résistance des pathogènes à la chimie de synthèse. Au hasard d'une mutation, un individu développe une résistance et se multiplie à la faveur des autres individus pour devenir la norme de son "espèce".

 En jouant avec le vivant, les scientifiques s'exposent à ces mutations des agents pathogènes, favorisent les accidents qui engendreront de nouveaux déséquilibres dont personne ne peut prédire les conséquences.
 En y associant les techniques de clonage, ce sont des plants identiques, "reproduits" à l'infini, avec l'aide des viticulteurs, qui seront exposés à ces accidents. Où est la biodiversité dans tout cela ? Le vivant est d'une extraordinaire complexité. Nous ne pouvons accepter que quelques scientifiques irresponsables, relayés par des journalistes ignorants, veulent créer un nouvel ordre du vivant quant tout n'est que désordre et que la vie consiste justement en  un fragile équilibre de ces désordres, fragile équilibre que l'homme a déjà trop contrarié lors de son histoire récente.

samedi 12 décembre 2009

We are the world, You are the children

UMP : Une Mélodie Populiste ?




«Quand la France doute de sa place dans le monde, elle doit revenir à sa source d'excellence : la pensée.»
[ Jean-Pierre Raffarin ] - Extrait d’un Discours de politique générale - 3 Juillet 2002


Allez, assez rigolé, passons aux choses sérieuses...


vendredi 11 décembre 2009

Le mouton a cinq pattes, moi quatre et une pioche

 Nouvelle journée passée dans les vignes avec ma pioche. J'ai une petite parcelle de très vieilles vignes (90 ans), aux bras tellement tordus, que je n'ai pas pu passer avec mon tracteur dans les rangs pour labourer l'an dernier. De fait, le lierre a pu tranquillement s'installer et a déjà étouffé quelques ceps. Il me faut donc agir au plus vite pour empêcher sa progression. 

 On commence à bien s'entendre avec ma pioche. Plus besoin de se parler pour se sentir à l'aise tous les deux. Son petit nom, c'est revex. C'est peut-être une marque islandaise, y faudra que je vérifie. Les islandais peuvent rester assis entre amis plusieurs minutes sans prononcer le moindre mot. S'ils n'ont rien à dire, il se taisent. C'est en Islande que le taux d'illettrisme est le plus faible au monde. Les islandais lisent tellement de choses intéressantes dans les livres qu'ils préfèrent sans doute se taire que d'infliger à leur interlocuteur la banalité de leur propos. Je devrais peut-être suivre leur exemple sur ce blog. Tiens, mon prochain post, ça sera une page blanche, ça vous fera des vacances.

 Les moutons adorent le lierre. Il aurait sur eux un effet vermifuge. Peut-être devrais-je en mettre dans ma parcelle ? Ça me faciliterait le boulot.

 Un viticulteur de Fleurie vient de le faire. Il a loué des moutons et les a mis dans ses vignes. Autrefois, les moutons paissaient au sommet des monts du Beaujolais et on faisait souvent appel à leurs services pour raser l'herbe en automne. La chose est devenue aujourd'hui tellement singulière que cela a fait l'objet d'un article dans le quotidien local, le Progrès.




 Ça serait sympa de pouvoir laisser des moutons toute l'année dans les vignes, notamment au printemps quand l'herbe pousse le plus. Mais attention à la teneur en cuivre des sols, ces bestioles sont extrêmement sensibles à ce métal et peuvent en mourir, au contraire des porcs à qui on en donne dans les élevages pour les faire grossir plus vite !

 Autre problème, les moutons adorent le raisin et des vignes sans raisin, c'est plus difficile pour faire du vin. Des chercheurs américains ont réfléchi à une parade; ils ont laissé des moutons se "repaitre" de raisins, avant de leur administrer une dose de chlorure de lithium, produit à priori sans conséquence sur la santé de l'animal mais qui provoque une sensation de nausée. Résultat, les moutons ont continué à manger l'herbe mais n'ont plus touché aux raisins !

 Sinon, un français a inventé le Vitirover. Quésaco le vitirover ?  " Un petit automate dont la mission première est de tondre l'herbe dans les vignes.Le principe est celui du berger et son troupeau : un «berger» automate pilote un «troupeau de moutons» aussi automates. Chaque Vitirover coupe trés peu d’herbe à la fois, mais travaille tout le temps."

C'est beau le progrès quand même. A quand une pioche qui fait des crottes pour fertiliser les sols ?

jeudi 10 décembre 2009

L'abeille fait le buzz


Ils devraient planter de la vigne ! Elle n'a pas besoin des abeilles pour produire des fruits.

Ben quoi, j'ai dit une connerie ?

mercredi 9 décembre 2009

Les buveurs d'éthiquettes

 Deuxième journée de formation sur les tisanes à base de plantes. Me voilà devenu un expert sur le sujet !

 OK, expert en science fondamentale; pour les sciences appliquées, il va falloir attendre le début du printemps ;-)  Je vous donnerai bien quelques "recettes" de préparations pour le bien-être de vos vignes ou de vos tomates, mais le formateur nous a incité fortement à expérimenter avant de communiquer, et quand je dis fortement c'est un euphémisme ! Je respecte donc son vœu. J'expérimente et je reviens vers vous pour un compte-rendu.

 En marge de la formation, notre interlocuteur nous a livré quelques anecdotes "croustillantes".

 Lors d'un colloque auquel il assistait, un salarié de Monsanto a avalé un verre de Roundup pour prouver la non toxicité de ce produit !  L'auditoire en fut estomaqué. Quant à lui, nous ne savons pas . Le glyphosate est il digeste ? Certains d'entre vous ont-ils essayé ? en "vert mifuge" ?




 Quelques mois plus tard, alors que notre formateur présentait une de ses solutions fongicides à base de plantes à un parterre de scientifiques, il fut violemment pris à partie par un chercheur de chez Bayer qui critiquait l'inefficacité et la dangerosité de ses préparations. Se souvenant alors du kamikaze de l'empire  Mosanto, il but à son tour son infusion et demanda à son interlocuteur d'en faire de même avec un fongicide de la firme. Mais le chevalier Bayer battit en retraite, avec peur et avec reproche.

 A l'issue de cette journée de formation fort instructive, nous avons enchainé sur une séance de travail avec une société spécialisée en conseil sur le vin, mandatée par l'agence Bio, pour dresser un état des lieux de la filière bio, et réfléchir avec les producteurs au futur de la filière, compte tenu de l'évolution rapide des éléments d'offre et de demande.

1ier paramètre donné par notre interlocuteur, la surface de vignes cultivée en bio va doubler d'ici à trois ans, pour passer de 15000 à 30000 hectares. L'offre va donc être beaucoup plus forte à très court terme.

2ième paramètre, la demande hexagonale en vin décroit (ce n'est pas une scoop !) et notre interlocuteur affirme que, malgré l'engouement des consommateurs pour les vins bios,  la demande intérieure ne "couvrira" pas la future offre.

3ième paramètre, les consommateurs de vins bios achètent bio avant d'acheter un type de vin, une appellation.  Le label bio est interprété comme une marque et les buveurs d'éthiquettes remplacent les buveurs d'étiquettes.
Cela représente à ses yeux un danger pour la filière bio. Si un consommateur tombe sur un vin de mauvaise qualité, il  risque de se détourner de toute la filière pour revenir à des vins conventionnels, son acte d'achat étant guidé par le seul label bio.

 Jusque là, je suivais notre homme dans son raisonnement mais c'est ensuite que sont apparues des divergences entre les pistes qu'il proposa et la vision formulée par les vignerons bios qui se sont exprimés. (Pour les autres, qui ne dit mot, consent.) (consent à qui, au fait ?)

 Les solutions avancées  furent les suivantes :
- Développer l'exportation des vins français bios. (5% du volume uniquement à ce jour).
- Travailler sur la qualité des vins, afin de pouvoir se positionner sur les marchés de flux, pour reprendre son vocabulaire, c'est à dire la grande distribution. La croissance du volume de vins bios obligeant à ses yeux l'intensification des ventes par ce circuit de distribution (seulement 20% de la vente aujourd'hui).

Sur l'exportation, on peut effectivement partager son point de vue, au bémol près que la logique de production bio doit s'inscrire dans une réflexion plus large de l'impact de nos activités sur l'environnement. Notre empreinte écologique ne découle pas seulement du travail réalisé dans nos vignes et nos chais. La composante transport de nos marchandises doit être intégrée à nos réflexions. Même si aujourd'hui les industriels du verre travaillent à des bouteilles plus légères, il n'en reste pas moins que les "food miles " préoccupent de plus en plus les consommateurs de produits bios. Et les professionnels que nous sommes, à moins de produire bio de manière opportuniste !

 A ce sujet, autre information donnée par notre interlocuteur, la 1ière source de motivation du passage en bio des producteurs conventionnels  est d'ordre économique - cela a au moins le mérite d'être clair -, la dynamique éthique arrivant en quatrième position, après la santé de l'exploitant et la simplification du travail, le bio étant assimilé comme moins contraignant du point de vue réglementaire que la viti conventionnelle. Mais il n'y a pas de bonne et de mauvaise raison, ici seul le résultat compte.

D'accord donc pour améliorer l'exportation de nos vins bios, mais attention à prolonger la réflexion de notre impact environnemental  jusque sur la table de nos consommateurs.

Sur la deuxième solution avancée, elle a donné lieu à quelques échanges verbaux plutôt virils !
"Travailler sur la qualité des vins" pour pouvoir se positionner sur les marché de flux, c'est à dire la grande distribution, dont la majeure partie des ventes est réalisée aujourd'hui par l'intermédiaire du négoce.

1ière raison de notre irritation : travailler sur la qualité sous-entendrait que les vins bios ne sont pas actuellement "qualitatifs". La question fut ouvertement posée à notre interlocuteur qui rétorqua qu'il n'avait jamais dit ça. Alors pourquoi évoquer l'obligation d'améliorer la qualité de nos vins s'ils le sont déjà ?
Et qu'entend t-on par qualité ? La question embarrassa notre interlocuteur. En parlant qualité, il parlait en fait d'uniformisation de l'offre, de sa standardisation pour pouvoir répondre à ces marchés de flux, à ces marchés de masse. Une réponse aux exigences de la grande distribution et du négoce pour garantir une "qualité" homogène de la production. Le label bio deviendrait signe de qualité, sans surprise pour le bonheur du consommateur. Amen.

 Seulement voilà, furent exprimés par les vignerons la volonté  de laisser parler leurs terroirs, le refus des levures aromatiques, le droit à la différence, le droit aux différences, à la "bio diversité".

 Avec les risques que cela comporte pour les viticulteurs et les conséquences parfois de ces risques dans leurs vins. Mais aussi les réussites pour lesquels les vignerons prennent ces risques, réussites produisant des vins surpassant les vins monolithiques appelés par la grande distribution.

 Notre interlocuteur, un peu désemparé, nous parle alors des lois du marché inscrites dans le marbre, de notre obligation de s'y soumettre pour vendre nos vins.  Nous lui répondons respect de la matière, respect du terroir, respect du consommateur qu'il faut éduquer à la diversité des vins bios, et non pas retomber dans les travers du passé où sous prétexte de qualité, on élimine toutes ces différences en faisant croire aux consommateurs que tous les vins se valent.

 Et si un des facteurs de la baisse de la consommation était cette volonté systématique de gommer les différences, de vendre des vins sans mauvaise surprise certes, mais où la bonne, la très agréable surprise s'est volatilisée de concert ?

 Les pionniers de la bio se  foutaient pas mal de ces notions de marché et ils tirent aujourd'hui les bénéfices de leurs convictions. Il faut donc être plus que jamais vigilant au respect de cet état d'esprit, à ce moment clé de la bio où l'opportunisme côtoie l'éthique et où l'on cherche à faire pencher la balance du côté des opportunistes, au détriment, une fois de plus du consommateur.

 L'heure nous étant impartie s'achevant, nous dûmes couper court à la discussion. Dommage. Ces sujets de fond mériteraient d'être plus débattus. Si des bios ont de l'info plus précise à me donner sur ce travail réalisé par l'agence Bio, je suis preneur. De mon côté, je vais voir auprès des instances de représentation locale de la bio comment obtenir de l'info sur cette enquête et les suites qui y seront données. A suivre, donc.

mardi 8 décembre 2009

Quand une plante rencontre une autre plante, qu'est-ce qu'elles se racontent ?

 Aujourd'hui, première journée d'une formation organisée par l'ARDAB (toujours!), sur le thème "soigner les plantes par les plantes". Vaste programme ! Une première journée plutôt "théorique" où notre formateur a tenté de rendre compte de l'extrême complexité du végétal, des mécanismes naturels de défense mis en œuvre lors de l'attaque des pathogènes, des "substances" présentes au sein de certaines plantes utiles à d'autres pour les recharger en énergie ou les aider à lutter contre ces attaques.





 Et je dois dire que c'était plutôt réussi. Je veux dire qu'à la fin de cette journée, je trouvais tout cela effectivement très complexe ! Une journée indispensable toutefois, où du magma généré dans mon esprit par les paroles de notre formateur devraient naître quelques idées force utiles à mes futures pratiques à la vigne. Lorsque j'aurai ingurgité tout ça, je tenterai une petite synthèse sur ce blog. Mais pour le moment, je dois laisser les bourbes déposées !

 Beaucoup de monde en tout cas à la formation. Des viticulteurs en majorité et quelques arboriculteurs. Le sujet intéresse. L'actuel débat sur la toxicité du cuivre pour les sols n'y est pas étranger. Chacun cherche, moi le premier,  à réduire son emploi  et les préparations à base de plantes pourraient être une alternative, tout au moins un complément intéressant.

 Après cette journée théorique, nous rentrons demain dans le vif du sujet avec la présentation des modes opératoires à mettre en œuvre pour réaliser les infusions à base de plantes et autres purins, pardon extraits fermentés, l'emploi du terme purin n'étant plus trop à la mode en ce moment, surtout lorsqu'il s'agit de purin d'ortie !

samedi 5 décembre 2009

La cabane au fond du jardin

 L'ARDAB, l' association en charge du développement de l'agriculture biologique dans le Rhône, a proposé aux viticulteurs bios du département de participer au financement d'analyses de sols réalisées selon la méthode Hérody. La restitution collective de ces analyses s'est tenue à il y a quelque jours chez un viticulteur biodynamiste de la région. Pendant la pause, en allant satisfaire un besoin naturel, j'ai fait la connaissance de mes premières toilettes sèches.  ( j'avais pour dire vrai déjà expérimenté ce genre de toilettes dans un lointain passé, mais à l'époque on appelait pas encore cela des toilettes sèches ;-)


 

 La chasse d'eau est remplacée par une caisse de copeaux et un rouleau attrape-mouches. Régulièrement notre homme doit vider le récipient recevant les matières fécales au compost. Les toilettes sont à l'étage, ce qui rend la manipulation encore plus contraignante. Folklorique chez les autres, déjà beaucoup moins chez soi !

 Si chacun cherche aujourd'hui à limiter son impact écologique, certains s'y emploient avec plus de zèle que les autres. Voilà de très nombreuses années que ce vigneron  veille, à la ville et à la vigne, à limiter son empreinte écologique, si on peut s'exprimer ainsi dans le cas présent. Il travaille une petite surface pour pouvoir assurer le maximum de façons culturales à la main, ou avec son cheval, limitant ainsi l'usage du tracteur.

 Si la surmédiatisation des problèmes environnementaux est en soi une chose positive puisqu'elle éveille les consciences et incite les citoyens à un comportement plus responsable en matière d'écologie, je ne suis pas sûr qu'elle ne pénalise pas à plus long terme ce type de vignerons.

 Qui sont ils pour la plupart ? Des hommes (et des femmes !) qui, ayant décidé de vivre avec la nature plutôt que contre elle, ne peuvent avoir comme moteur premier la recherche du profit maximal. Des paysans, plus que des exploitants agricoles, dont souvent la communication de leurs convictions s'exerce uniquement par l'utilisation du logo AB sur leurs bouteilles. Pas de service Hygiène Sécurité et Environnement, en charge de l'obtention par l'entreprise de la norme ISO 14001. Pas de service marketing pour colporter aux oreilles des consommateurs, par le biais de la publicité ou des journalistes,  les actions orchestrées par le service HSE.  Point d'analyse du bilan carbone de l'entreprise, mais un bilan carbone tellement dérisoire par rapport à ceux de toutes ces grandes entreprises qui communiquent à grand frais sur leur volonté nouvelle de respecter l'environnement ! 

 On sent chez certains d'entre eux une relative ambivalence. La fierté d'être enfin reconnu dans leur travail, eux si souvent critiqués par le passé, notamment parce qu'on trouvait leurs vignes "sales", du fait de l'herbe qui y pousse. Mais cette fierté s'accompagne parfois de la crainte de la "marchandisation" à outrance du bio. S'ils en tirent aujourd'hui quelques bénéfices (y compris financiers !), ils ne sont pas sûrs de trouver demain une place parmi les mastodontes du secteur pris d'un intérêt soudain pour la bio.  Cette crainte se traduit chez certains d'entre eux par une volonté de "durcissement" de la viticulture biologique, avec par exemple le souhait d'une législation très contraignante en matière de vinification. Pour que la viticulture bio reste avant tout l'expression des convictions profondes du vigneron, quitte à prendre des risques plus grands encore. Un jeu dangereux, mais quelle alternative reste il à ces hommes qui croient plus en l'action qu'en sa normalisation ISO, qu'en son instrumentalisation et sa récupération médiatique ?

 Quand la merde vaudra de l'or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus, disait Henri Miller. Quand la bio vaudra de l'or, espérons  qu'elle appartiendra toujours à ceux qui en ont ouvert la voie.

jeudi 3 décembre 2009

Le bio est il recyclable dans le capitalisme ?

 Dans leur mission de communication, les services marketing des entreprises cherchent à séduire les consommateurs, en présentant  l'entreprise et ses produits tels que les consommateurs souhaitent qu'ils soient, et non toujours tels qu'ils sont. Sans même accuser les entreprises de travestir systématiquement la réalité, on peut s'interroger sur les méthodes employées pour assurer leur promotion.

 Souvent, la forme supplante le fond. Une publicité doit être drôle, d'esthétique soignée. Elle doit susciter chez le consommateur une émotion. Le produit n'est plus livré aux consommateurs dans l'objectivité de sa réalité mais est accompagné d'une charge émotionnelle positive qui guidera le consommateur dans son acte d'achat.

 Avec la sur médiatisation du réchauffement climatique, des problèmes de pollutions, avec le Grenelle de l'environnement, les services marketing ont enfin trouvé un sujet de fond pour vanter les mérites de leur entreprise. A l'appel des écocytoyens, l'entreprise devient écoentreprise. A l'appel de ces écoentreprises, les consommateurs deviennent des consom'acteurs, qui tout en continuant de consommer vont sauver le monde, en achetant des produits qui respectent l'environnement. Formidable, la planète est sauvée et le capitalisme avec.

 Certaines d'entre elles étaient déjà sur ce créneau depuis quelques années, mais la vague verte a maintenant submergé toute l'économie. Je m'étais amusé, façon de parler, de la vertitude revendiquée par le groupe BP, British Petroleum, vertitude suggérée par leur nouveau logo, avec force bravitude.



 Une petite fleur. Comme c'est charmant.

 Entre autres exemples édifiants, ceux qui empruntaient l'autoroute A6 il y a trois quatre ans s'en souviennent peut-être, l'immense panneau publicitaire, visible depuis l'autoroute à la hauteur de Rungis, recouvrant tout un mur d'entrepôt, pour les camions MAN, où l'en pouvait voir en arrière plan un 38 tonnes de la marque et au premier plan un homme courant dans l'herbe, tenant par la main ses deux enfants, les cheveux au vent, le rire aux lèvres, découvrant des dents aussi blanches que l'herbe était verte. Pathétique.

 Si ces entreprises faisant leur commerce sur des produits particulièrement dangereux pour notre environnement avaient précédé dans ce détournement d'images les entreprises à priori moins polluantes, tout au moins dans l'usage qui serait fait par les consommateurs de leurs produits, toutes les entreprises veulent maintenant surfer sur cet océan vert, sur ce créneau extrêmement porteur pour leur économie.

Sachons toutefois voir les aspects positifs. Ces actes purement marketing  entraînent de facto des réflexions voire des actions, au sein des entreprises, de limitation de l'impact sur l'environnement de leurs activités. Mais il s'agit de limitation seulement, le principe de production de masse inhérent à la vie des entreprises ne pouvant être remis fondamentalement en cause sans casser le Modèle à partir duquel elles ont été créées. Et c'est là une toute autre histoire.



Afin de limiter le gaspillage de papier et réduire les déchets, merci de n'imprimer ce mail qu'en cas de nécessité.
In order to limit the paper and to reduce waste, thank you to print this mail only in the event of need