lundi 14 décembre 2009

Tous les cretois sont des menteurs

Je viens d'achever la lecture du dossier "Les enjeux de la sélection végétale" du dernier numéro de "Réussir Vigne". Lecture difficile, qui a provoqué chez moi un sentiment nauséeux, n'ayons pas peur des mots. Que nous dit ce dossier ? Les clones issus de technique d'hybridation ou de transgenèse sont l'avenir de la viticulture. Ils permettront de sortir des impasses techniques dans lesquelles les limitations d'usage de la chimie imposées par les récentes réglementations nous ont plongées. Ils sont la réponse au réchauffement climatique, en offrant des cépages plus résistants à la sécheresse. Les nouveaux clones présenteront une meilleure résistance aux principaux pathogènes de la vigne et seront, cerise sur le gâteau, plus qualitatifs.

Je ne reviendrai pas sur la notion de qualité. J'en ai déjà débattu ici, cette notion revêt le sens que chacun veut bien y donner, rien de plus. Je veux juste m'arrêter sur les progrès techniques que ces nouvelles variétés sont sensées nous apporter. Quelles autres solutions, d'après "Réussir Vigne", comme alternative à l'emploi des pesticides, "si ce n'est d'avoir recours à la génétique via, dans un premier temps, les croisements interspécifiques et dans un avenir plus lointain, si la société civile évolue favorablement sur ce point, via les OGM, pour créer des variétés résistances aux maladies ? Tout le monde, ou presque, en est aujourd'hui convaincu."

 Et bien, il faut croire que je ne suis pas comme tout le monde.

 Faisons un "petit" détour par l'histoire de l'humanité, avec Gilles Delluc, préhistorien au CNRS, qui qualifie le néolithique, la période de sédentarisation de l'homme, et à sa suite la révolution industrielle,  de "catastrophes" :  
"L’apparition progressive de la culture de quelques végétaux choisis (ici le blé, ailleurs le maïs ou le riz…) et de l’élevage d’animaux sédentaires et gras aboutit à une modification de notre environnement naturel et de notre mode de vie. C’est là une invention toute récente : moins de 10 000 ans. Durant 99,5 % de notre trajectoire humaine, nous avons été des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, nourris de viandes sans graisse et de plantes à fibres assez durement acquises. Depuis 0,5 % de notre évolution, nous nous sommes sédentarisés et avons choisi un mode de vie nouveau, qui a favorisé notre démographie.
On ne connaissait jusque-là aucune trace de carence et de violence chez les chasseurs du Paléolithique. Désormais le risque devient grand de subir des disettes au moindre aléa climatique, de voir éclore des épidémies, chez l’homme et l’animal, et d’attiser la convoitise du voisin devant les greniers pleins et les enclos garnis de troupeaux. Mais, après tout, famines, vols et guerres sont des phénomènes relativement accidentels et limités.
C’est à l’échelle mondiale que l’évolution s’est faite plus sournoisement. Notre patrimoine génétique est sans doute demeuré le même tout au long de notre trajectoire, mais notre organisme s’est modifié depuis le Néolithique. Par exemple, la stature des humains a rapidement diminué de quelque dix centimètres (indice d’une moins bonne nutrition) et les caries sont apparues, de même que les épidémies, la tuberculose et les cancers. Depuis la Révolution industrielle et le développement de notre civilisation moderne, les maladies de surcharge sont apparues et se sont multipliées.

Essayer de faire marche arrière ?

Par exemple, le diabète de l’âge mûr, dit de type 2, lié à la surcharge frappe environ 4 % de nos compatriotes et 6 % des Américains du nord. C’est pire encore chez les peuples naguère chasseurs-pêcheurs-cueilleurs, qui paient un tribut plus lourd encore du fait d’un gène d’épargne : il atteint jusqu’à 50 % des Indiens Pimas d’Arizona, presque autant chez les Micronésiens de l’île de Nauru ou chez les aborigènes australiens urbanisés.
La simple comparaison du régime de nos ancêtres paléolithiques avec le nôtre et avec celui que recommandent les experts plaide en faveur de la nutrition préhistorique.
Si bien qu’au plan pratique, pour traiter une maladie de surcharge, au moment même où apparaît la nécessité de freiner la consommation médicamenteuse, les premiers mots qu’inscrit le médecin sur son ordonnance pourraient s’inspirer de tout notre passé et comporter quelques consignes simples : réduire les lipides animaux de la charcuterie et de la crémerie, les sucres rapides et le sel, privilégier le poisson, les glucides lents, les plantes à fibres, les huiles végétales, supprimer les boissons alcoolisées en dehors d’un peu de vin, arrêter le tabac et les autres drogues, pratiquer l’exercice physique.
La prévention du diabète de type 2 et des maladies de surcharge mériterait de s’inspirer des mêmes principes élémentaires, tout particulièrement dans les familles à risque…
C’est ce que recommandent les experts et l’étude de la nutrition préhistorique confirme que leur opinion est fondée.
Ce serait certainement un moyen pour l’homme d’aujourd’hui - et plus encore pour celui de demain - de vivre mieux et plus longtemps.
Ce serait aussi, accessoirement, un moyen de montrer que la Préhistoire, de temps en temps, cela peut servir à quelque chose…"





 ( Ouf, on peut encore boire du vin ! )

 Je veux revenir sur la principale idée du discours du préhistorien Gilles Delluc. L'homme a contrarié en dix mille ans un patrimoine génétique "acquis" depuis deux millions d'années, aux faveurs des hasards et nécessités de l'histoire. Aux faveurs des hasards et nécessités des histoires devrais-je dire, car il n'y a pas un Homme au sein de l' Environnement, mais des hommes au sein des environnements, avec leurs patrimoines génétiques distincts, ces fameux gènes d'épargne qui étaient jadis un atout pour l'homme lorsqu'il vivait dans le fil naturel de son histoire mais qui aujourd'hui , à notre époque de globalisation des mœurs, se retourne contre lui. Loin d'une vision anthropocentriste, il faut retenir que l'homme a "constitué" son patrimoine génétique, au sein d'un écosystème dont il fait partie intégrante. Cette adéquation des patrimoines génétiques à leurs environnements s'est construite sur des millions d'années, deux millions d'années depuis Homo Erectus, plus, si l'on tient compte de nos lointains ancêtres avec lesquelles nous partageons des caractéristiques communes. Les équilibres sont extrêmement fragiles et ne sont pas inscrits dans le marbre, en témoignent les phénomènes de résistance des pathogènes à la chimie de synthèse. Au hasard d'une mutation, un individu développe une résistance et se multiplie à la faveur des autres individus pour devenir la norme de son "espèce".

 En jouant avec le vivant, les scientifiques s'exposent à ces mutations des agents pathogènes, favorisent les accidents qui engendreront de nouveaux déséquilibres dont personne ne peut prédire les conséquences.
 En y associant les techniques de clonage, ce sont des plants identiques, "reproduits" à l'infini, avec l'aide des viticulteurs, qui seront exposés à ces accidents. Où est la biodiversité dans tout cela ? Le vivant est d'une extraordinaire complexité. Nous ne pouvons accepter que quelques scientifiques irresponsables, relayés par des journalistes ignorants, veulent créer un nouvel ordre du vivant quant tout n'est que désordre et que la vie consiste justement en  un fragile équilibre de ces désordres, fragile équilibre que l'homme a déjà trop contrarié lors de son histoire récente.

4 commentaires:

  1. Bonne conclusion.
    Merci de le rappeler à ceux qui ne le savaient pas encore.
    Franck

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  2. Bravo, no comment
    marc

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  3. Ne pas oublier que Sapiens sapiens, débarassé de la fastidieuse corvée de chasse-cueillette par l'invention de l'agriculture a ainsi pu se consacrer à d'autres tâches, moins substancielles : l'Art, et la mise au ponit de la viticulture...
    anne

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  4. Parce que la pêche à la mouche, c'est pas de l'art peut-être !
    Bernard

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