Deuxième journée de formation sur les tisanes à base de plantes. Me voilà devenu un expert sur le sujet !
OK, expert en science fondamentale; pour les sciences appliquées, il va falloir attendre le début du printemps ;-) Je vous donnerai bien quelques "recettes" de préparations pour le bien-être de vos vignes ou de vos tomates, mais le formateur nous a incité fortement à expérimenter avant de communiquer, et quand je dis fortement c'est un euphémisme ! Je respecte donc son vœu. J'expérimente et je reviens vers vous pour un compte-rendu.
En marge de la formation, notre interlocuteur nous a livré quelques anecdotes "croustillantes".
Lors d'un colloque auquel il assistait, un salarié de Monsanto a avalé un verre de Roundup pour prouver la non toxicité de ce produit ! L'auditoire en fut estomaqué. Quant à lui, nous ne savons pas . Le glyphosate est il digeste ? Certains d'entre vous ont-ils essayé ? en "vert mifuge" ?
Quelques mois plus tard, alors que notre formateur présentait une de ses solutions fongicides à base de plantes à un parterre de scientifiques, il fut violemment pris à partie par un chercheur de chez Bayer qui critiquait l'inefficacité et la dangerosité de ses préparations. Se souvenant alors du kamikaze de l'empire Mosanto, il but à son tour son infusion et demanda à son interlocuteur d'en faire de même avec un fongicide de la firme. Mais le chevalier Bayer battit en retraite, avec peur et avec reproche.
A l'issue de cette journée de formation fort instructive, nous avons enchainé sur une séance de travail avec une société spécialisée en conseil sur le vin, mandatée par l'agence Bio, pour dresser un état des lieux de la filière bio, et réfléchir avec les producteurs au futur de la filière, compte tenu de l'évolution rapide des éléments d'offre et de demande.
1ier paramètre donné par notre interlocuteur, la surface de vignes cultivée en bio va doubler d'ici à trois ans, pour passer de 15000 à 30000 hectares. L'offre va donc être beaucoup plus forte à très court terme.
2ième paramètre, la demande hexagonale en vin décroit (ce n'est pas une scoop !) et notre interlocuteur affirme que, malgré l'engouement des consommateurs pour les vins bios, la demande intérieure ne "couvrira" pas la future offre.
3ième paramètre, les consommateurs de vins bios achètent bio avant d'acheter un type de vin, une appellation. Le label bio est interprété comme une marque et les buveurs d'éthiquettes remplacent les buveurs d'étiquettes.
Cela représente à ses yeux un danger pour la filière bio. Si un consommateur tombe sur un vin de mauvaise qualité, il risque de se détourner de toute la filière pour revenir à des vins conventionnels, son acte d'achat étant guidé par le seul label bio.
Jusque là, je suivais notre homme dans son raisonnement mais c'est ensuite que sont apparues des divergences entre les pistes qu'il proposa et la vision formulée par les vignerons bios qui se sont exprimés. (Pour les autres, qui ne dit mot, consent.) (consent à qui, au fait ?)
Les solutions avancées furent les suivantes :
- Développer l'exportation des vins français bios. (5% du volume uniquement à ce jour).
- Travailler sur la qualité des vins, afin de pouvoir se positionner sur les marchés de flux, pour reprendre son vocabulaire, c'est à dire la grande distribution. La croissance du volume de vins bios obligeant à ses yeux l'intensification des ventes par ce circuit de distribution (seulement 20% de la vente aujourd'hui).
Sur l'exportation, on peut effectivement partager son point de vue, au bémol près que la logique de production bio doit s'inscrire dans une réflexion plus large de l'impact de nos activités sur l'environnement. Notre empreinte écologique ne découle pas seulement du travail réalisé dans nos vignes et nos chais. La composante transport de nos marchandises doit être intégrée à nos réflexions. Même si aujourd'hui les industriels du verre travaillent à des bouteilles plus légères, il n'en reste pas moins que les "food miles " préoccupent de plus en plus les consommateurs de produits bios. Et les professionnels que nous sommes, à moins de produire bio de manière opportuniste !
A ce sujet, autre information donnée par notre interlocuteur, la 1ière source de motivation du passage en bio des producteurs conventionnels est d'ordre économique - cela a au moins le mérite d'être clair -, la dynamique éthique arrivant en quatrième position, après la santé de l'exploitant et la simplification du travail, le bio étant assimilé comme moins contraignant du point de vue réglementaire que la viti conventionnelle. Mais il n'y a pas de bonne et de mauvaise raison, ici seul le résultat compte.
D'accord donc pour améliorer l'exportation de nos vins bios, mais attention à prolonger la réflexion de notre impact environnemental jusque sur la table de nos consommateurs.
Sur la deuxième solution avancée, elle a donné lieu à quelques échanges verbaux plutôt virils !
"Travailler sur la qualité des vins" pour pouvoir se positionner sur les marché de flux, c'est à dire la grande distribution, dont la majeure partie des ventes est réalisée aujourd'hui par l'intermédiaire du négoce.
1ière raison de notre irritation : travailler sur la qualité sous-entendrait que les vins bios ne sont pas actuellement "qualitatifs". La question fut ouvertement posée à notre interlocuteur qui rétorqua qu'il n'avait jamais dit ça. Alors pourquoi évoquer l'obligation d'améliorer la qualité de nos vins s'ils le sont déjà ?
Et qu'entend t-on par qualité ? La question embarrassa notre interlocuteur. En parlant qualité, il parlait en fait d'uniformisation de l'offre, de sa standardisation pour pouvoir répondre à ces marchés de flux, à ces marchés de masse. Une réponse aux exigences de la grande distribution et du négoce pour garantir une "qualité" homogène de la production. Le label bio deviendrait signe de qualité, sans surprise pour le bonheur du consommateur. Amen.
Seulement voilà, furent exprimés par les vignerons la volonté de laisser parler leurs terroirs, le refus des levures aromatiques, le droit à la différence, le droit aux différences, à la "bio diversité".
Avec les risques que cela comporte pour les viticulteurs et les conséquences parfois de ces risques dans leurs vins. Mais aussi les réussites pour lesquels les vignerons prennent ces risques, réussites produisant des vins surpassant les vins monolithiques appelés par la grande distribution.
Notre interlocuteur, un peu désemparé, nous parle alors des lois du marché inscrites dans le marbre, de notre obligation de s'y soumettre pour vendre nos vins. Nous lui répondons respect de la matière, respect du terroir, respect du consommateur qu'il faut éduquer à la diversité des vins bios, et non pas retomber dans les travers du passé où sous prétexte de qualité, on élimine toutes ces différences en faisant croire aux consommateurs que tous les vins se valent.
Et si un des facteurs de la baisse de la consommation était cette volonté systématique de gommer les différences, de vendre des vins sans mauvaise surprise certes, mais où la bonne, la très agréable surprise s'est volatilisée de concert ?
Les pionniers de la bio se foutaient pas mal de ces notions de marché et ils tirent aujourd'hui les bénéfices de leurs convictions. Il faut donc être plus que jamais vigilant au respect de cet état d'esprit, à ce moment clé de la bio où l'opportunisme côtoie l'éthique et où l'on cherche à faire pencher la balance du côté des opportunistes, au détriment, une fois de plus du consommateur.
L'heure nous étant impartie s'achevant, nous dûmes couper court à la discussion. Dommage. Ces sujets de fond mériteraient d'être plus débattus. Si des bios ont de l'info plus précise à me donner sur ce travail réalisé par l'agence Bio, je suis preneur. De mon côté, je vais voir auprès des instances de représentation locale de la bio comment obtenir de l'info sur cette enquête et les suites qui y seront données. A suivre, donc.

Ok avec tout ce que vous dites. Mais, on n'est toujours pas d'accord sur ce qu'est un vin bio! Est-ce du jus de raisin qui, sans actions humaines, tourne naturellement au vinaigre? est-ce du jus de raisin qui devient vin grâce à l'intervention de l'homme? et une fois cette intervention... jusqu'où le vin reste naturel ou devient artificiel? Là il n'y a pas de frontière claire puisque l'action humaine est acceptée!
RépondreSupprimermarc
Vaste problème que vous évoquez là, Marc ! En effet, l'accomplissement du jus de raisin fermenté est bien le vinaigre, et le vigneron doit mettre toute son attention à le "stabiliser" sur la phase vin. Je ne prétends pas qu'il ne faut rien faire. Pas plus de non interventionnisme à la cave qu'à la vigne donc. Je prétends uniquement que ma démarche consiste à limiter au maximum les intrants à la cave, comme je cherche à limiter au maximum les traitements de cuivre et de soufre à la vigne. Disons que je place le bio avant le vin. D'autres choisissent la voie inverse... Le vin pour moi, produit aussi merveilleux soit il, ne justifie pas l'arsenal chimique préconisé par l'oenologie moderne. De surcroit, je fais le constat jour après jour que cette posture n'est pas incompatible avec la réalisation de bons vins. Alors pourquoi s'en priver !
RépondreSupprimerAmitiés vigneronnes
Lilian
Mon commentaire était aussi dû aux débats... musclés (on dira)... auxquels j'ai assistés lors des réunions de l'ITAB, concernant la charte européenne de vinif bio. Il est évident qu'il n'y a pas concensus entre nous, vignerons bio. Cela est une richesse, mais aussi un problème. Pour votre démarche, je pourrais dire les mêmes choses que vous. C'est la voie que j'emprunte.
RépondreSupprimermarc