Trois jours passés à cogner comme un marteau sur des échalas pour protéger mes ceps. Et me voilà enfin ce matin sur mon tracteur pour décavaillonner ma première parcelle, avec deux semaines de retard sur mon planning. Taille tôt, taille tard, rien ne vaut la taille de mars. Je crois que cette année, ce n'est pas moi qui vais faire mentir le dicton...
Une fois de plus, cette journée fût difficile. Pas physiquement, au contraire des trois jours précédents (mon bras gauche commence à ressembler à celui de Rafael Nadal), mais psychologiquement. Dès le premier rang, 3 ceps arrachés par mes socs décavaillonneurs ! Quelques tours de clés de 24, et de 13 au bout du rang, et me voilà reparti. De ci, de là, un cep ne résiste pas à mon passage mais ce n'est plus une question de réglage; tout simplement le "fruit" de 30 ans de "non labour". Des ceps dont le système racinaire affleure à la surface du sol, incompatibles avec le nouveau mode de conduite de mes vignes. "C'est normal les premières années" m'ont dit des collègues bios du beaujolais. Peut-être normal, mais qu'est-ce que ça fait mal. Chaque cep arraché est un coup de poignard. Combien d'heures ai-je déjà passé dans mes vignes ? J'entre chaque jour un peu plus en résonance avec elles. Je fais corps avec elles et chaque cep arraché est une souffrance.
Combien de ceps ai-je encore arraché aujourd'hui malgré le travail de protection réalisé ces derniers jours ? Cinquante ? Cent ? Une journée déprimante qu'il me faudra vite oublier.
La nuit tombe, je rentre à la maison. Je jette un oeil sur le site de Remi Loisel pour voir quels sont les derniers billets publiés par les collègues vignerons sur leurs blogs. Les Dupéré Barrera ont écrits aujourd'hui un billet s'intitulant "Beaujolais Nouveau ou nouvelle commande". Forcement, même si je ne fais pas de beaujolais Nouveau, ce titre m'interpelle et m'amène à lire le billet. J'y ai lu la phrase suivante : "Cette année donc il avait commandé très peu de beaujolais nouveau et souhaitait plutôt mettre en avant du vrai vin. "
Juste une question, c'est quoi du vrai vin ? Je croyais en avoir bu ce soir ; un vin primeur de ma cave, vinifié en méthode traditionnelle, levures indigènes, sans chaptalisation, issu de raisins d'une de mes parcelles de Beaujolais Village. Un petit vin sans prétention, mais tellement agréable à boire. Mais je dois me tromper. Comme une multitude de viticulteurs du Beaujolais qui assistent impuissants au lynchage de leur vignoble.
Allez, je vais pas tarder à aller me coucher.
Demain sera un autre jour.
Je comprends votre bluzz... même lorsque les vignes ont toujours été décavaillonnées, on arrache des pieds. Il paraît qu'autrefois, certains cheveaux sentaient le pieds et s'arrêtaient avant le meurtre fatidique. J'ai moi-même opté pour un Naturagriff. La herse rotative a moins de chance d'emporter un ceps, et la brosse que l'on peut adapter est inoffensive. Mais, il n'y a pas de vrai miracle, je perds aussi des pieds, et je ressents comme vous une vrai souffrance. L'idéal ce serait d'être deux: un sur le tracteur et l'autre derrière avec une commande électrique pour éviter les accidents. Je suis en train de modifier mon Naturagriff pour cela. En fait, la vrai solution c'est de le faire... à la main! Là, pas de pieds arrachés... juste le dos en compote. Mais enfin... il faut choisir.
RépondreSupprimerMarc Dalbavie
Vous avez raison, Marc, rien ne vaut le travail à la main. Mais il faut l'avouer, j'ai peur de me faire déborder par l'herbe et avec le tracteur, c'est quand même plus rapide...
RépondreSupprimerL Bauchet