J'ai passé une bonne partie de la journée, dans mes vignes, à déraciner à la pioche des ceps morts de l'ESCA, une maladie cryptogamique qui fait des ravages chaque été dans le vignoble français. Les parcelles plantées dans les années 70-80 sont particulièrement touchées et mes vignes ne font pas exception à la règle. Cette année encore c'est bien 300 pieds qu'il m'a fallu arracher. Après cette journée fatigante et un peu déprimante, je me suis connecté sur le site de la BNF; j' y ai parcouru un vieux manuel d'agriculture, dont la préface fut écrite par Lamartine, qui, outre son activité littéraire, possédait des vignes dans le Mâconnais. Le portrait avantageux qu'il dresse de " l'ouvrier des champs " m'a réconcilié avec ma pioche. Je vous en livre ici un extrait ;
" L'ouvrier des champs n'est pas contraint de se séquestrer de la nature physique, ce milieu nécessaire à l'homme pour que l'homme soit sain et complet. Il a le ciel sur la tête, le sol sous les pieds, le soleil dans les yeux, l'air dans la poitrine, l'horizon vaste et libre devant les regards, le spectacle irréfléchi mais perpétuellement nouveau du firmament, de la terre, du jour, de la nuit, des saisons, qui entretiennent sans paroles mais sans lassitude, les sens, le cœur, l'esprit de l'homme de la campagne. Ses travaux sont rudes, mais ils sont variés; ils comportent mille applications diverses de la pensée, mille attitudes différentes du corps, mille emplois des heures et des bras . . . . Presque tous ces travaux s'accomplissent en plein air et en plein jour, santé et gaieté de l'homme; l'homme n'y est point machine, il y est homme; il y place son émulation, son orgueil, son adresse, sa force, son habileté ; il y est actif et assidu, mais il n'y est pas esclave. Il se sent libre et il se déplace à son gré dans le vaste atelier rural ouvert à ses pas, il y devient robuste, il y reste sain : sans cesse aux prises avec les forces de la nature, il y exerce les siennes; il a la fierté et le courage de sa liberté; il est propre à tout. . . . Une empreinte de santé, de vigueur, de franchise, de liberté et de fierté modeste civilise ses traits; il regarde en face, il marche droit, il parle haut, il respire à pleine poitrine, il ne craint et il n'envie personne. Placez à côté l'un de l'autre, un habitant des villes et un habitant des campagnes du même âge, et comparez l'homme à l'homme."
Le boulot de culterreux décrit par Lamartine, ça a quand même une autre gueule.

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