vendredi 24 février 2012

je vais bien, tout va bien, je fais du hors piste

 Bienvenue sur le premier blog de vigneron où on annonce les salons une fois qu'ils sont terminés :-). Nous étions donc à "Hors piste" le 21 février, un off de Vinisud, à l’hôtel de l'aéroport de Montpellier, où nous aurions eu plaisir  à vous accueillir sur notre stand pour vous faire découvrir nos vins. :-)

 Sinon, tout s'est bien passé, merci, on compte sur vous pour l'année prochaine :-)

 Ce fut d'abord l'occasion de rencontrer physiquement (en tout bien tout honneur :-) quelques connaissances du net, d'autres vignerons bloggers, des "amis" Facebook.

 D'abord Iris, du domaine de Lisson, présente sur ce salon et voisine de stand, omniprésente sur le net mais que je n'avais pas encore eu le plaisir de rencontrer dans la vraie vie. Voilà qui est fait, et bien fait, Iris est aussi charmante en paroles qu'en commentaires qu'elle distille à droite à gauche sur le net avec toujours beaucoup d'à propos.

 J'ai également pu échanger avec Véronique du Mas Coris, et là aussi confirmation des sentiments que j'avais pu me forger à la lecture de ses interventions virtuelles sur FB. L'échange a été bref mais nous a permis de nous dire que la prochaine fois qu'on se croiserait dans la vraie vie, on essayerait de discuter le bout de gras un peu plus longtemps.  

 Et puis d'autres encore que je nommerai pas ici mais que j'ai eu beaucoup de plaisir à voir en 3D. Faire une bise ou serrer la paluche, ça a quand même du sens, c'est pas seulement une simple convention de politesse et si le Net c'est pas mal, ça fait du bien de sortir du virtuel, un "like" produit par un sourire, ça a quand même une autre gueule qu'un "like" produit par le click d'une souris sur Facebook.

 C'est marrant d'ailleurs Facebook, cette sorte de proximité que cela crée entre les individus. Parfois lorsqu'on se voit en chair en os, ça fait flop, parfois on a l'impression de revoir un vieux copain qu'on a toujours connu. La façon dont fonctionne Facebook, la notion même "d'ami" Facebook induit une relation d'égalité entre les personnes où le tutoiement quasiment de rigueur évolue rapidement vers la familiarité. Pourtant, en réalité, parmi nos amis Facebook, nous n'avons souvent que quelques vrais amis, des amis de la vraie vie, avec lesquels on prolonge le partage d'infos sur la toile dans une relation totalement désintéressée et d'estime mutuelle, quand la majorité de nos amis Facebook est constituée de personnes que l'on a jamais vues et qu'on ne verra peut-être jamais, des personnes que nous avons demandées  ou qui nous ont demandé en "amitié" et à qui on a répondu favorablement sans même savoir qui ils sont, des collègues vignerons, des fournisseurs ou des clients potentiels, "simples" amateurs de vins, cavistes ou autre importateurs. Ça créé une espèce de machin bizarre où les codes des relations classiques entre les fournisseurs et leurs clients sont chamboulés, où on donne à voir bien plus de soi, bien plus de sa personnalité que les caractéristiques intrinsèques de sa production. J'ai un peu de mal avec ça. J'ai pas envie de me forcer à aimer des gens sur la toile, à jouer le béni oui oui avec eux, à liker leurs blagues sur Facebook, leurs statuts, au prétexte que ça va peut-être m'aider à leur revendre mes vins. Et comme j'ai du mal à rentrer dans ce petit jeu, comme je pense que ces potentiels acheteurs peuvent n'être pas dupes aussi de leur côté de ce biais introduit par Facebook, je me restreins aussi parfois à ne pas "liker" des commentaires dont j'apprécie pourtant la pertinence au prétexte qu'on pourrait penser que je le fais par intérêt ! Mais au delà de tout ça, je vois quand même du positif dans cet outil. Ça permet de repérer, dans la masse,  des personnes avec qui on semble partager des idées, avec qui on nourrit des affinités de point de vue. Une fois, deux fois, et une troisième fois encore sur un autre sujet et puis une quatrième fois avec un autre de leurs commentaires. On perce à jour, au détours des échanges, un peu de leur personnalité, on se dit que finalement ça serait sympa de démarrer une relation commerciale avec eux. Certes Facebook, de part la tyrannie du marché introduit de la "nuance" dans les propos, pour ne pas dire de l'hypocrisie, mais il offre aussi cette possibilité d'identifier des acteurs de la chaine commerciale avec lesquels nous aurions plaisir à faire du business et c'est finalement un truc très positif, la vie est courte, on est pas obligé de s'emmerder à bosser avec des gens qu'on apprécie pas ! :-)

 Mais revenons à l'hôtel de l'aéroport de Montpellier. Outre ces belles rencontres avec les facebookiens, ce fut aussi l'occasion de rencontrer quelques acheteurs pros. J'y allais un peu pour ça aussi :-) Il faut être honnête, cela ne s'est pas bousculé sur mon stand, ce n'est pourtant pas faute d'avoir communiqué :-) Mais les personnes qui m'ont fait le plaisir de faire un stop devant mes bouteilles m'ont fait un plus grand plaisir encore, celui d'apprécier mes vins. Y'a même un collègue vigneron qui m'a proposé un échange ! Dingue, non ?:-)

  Je dois vous avouer que j'avais une légère appréhension avant ce salon. J'étais très heureux d'y participer et de me retrouver au sein de cette belle brochette de vignerons, mais avec ma prétention de vouloir faire des vins nature dès ma 3ième année de vinif (je vous laisse la liberté de donner le sens que vous voulez au mot prétention :-), je me demandais à quelle sauce j'allais être mangé. Bon, j'aime vraiment mes derniers vins, mais on se fait tellement rhabiller pour l'hiver en ce moment nous les naturistes qui voulons vinifier à poil que le doute qui m'habite enfle de jour en jour. (photo sur demande). Même si bien sûr, on n'a pas besoin de ces critiques pour douter, tant le doute est consubstantiel de la recherche de la perfection pour celui dont l'être entier est tendu vers cet objectif, je me disais l'autre jour sur le tracteur :-)



  Bon accueil de mes vins disais-je donc. Quelques cavistes mais aussi un importateur pour les Pays-Bas qui travaille avec des vignerons réputés du Beaujolais et que mes vins ont séduit (oui Monsieur). On doit se revoir à la Biojolaise pour finaliser tout ça, un salon pro que je fais bientôt, je vous en ferai le compte-rendu une fois le salon terminé :-)

 Philippe Cambie, un œnologue qui conseille pas mal de domaines renommés dans le sud, une pointure parait-il, que je ne connaissais pas, je dois avouer mon ignorance,  m'a aussi proposé de me trouver des cavistes dans la région de Montpellier pour distribuer mon Moulin. La conséquence ? Je ne dirai plus jamais de mal des œnologues. :-) (du moins de ceux qui aiment mes vins:-). A quand une critique dithyrambique d'un journaliste sur mes vins que je puisse retourner bosser tranquillement dans mes vignes et arrêter d'hurler sur ce blog ? :-)

  Il y a quinze jours, par l'intermédiaire d'un ami vigneron, nous avons présenté nos Fleurie à des importateurs japonais qui les ont appréciés et avec lesquels nous allons bosser. Merci à toi Philippe ! Et cerise sur le gâteau, Sophie m'a appelé pendant le salon pour me dire que nous avions notre première commande des US. Alors je voulais remercier ici publiquement mes levures indigènes pour le travail fourni.. Merci les filles, vraiment. Que vous veniez des raisins, des semelles de mes chaussures ou des pattes de Charlie ou des trois en même temps, du moment que j'ai l'assurance que vous ne venez pas des semelles de Marine Le Pen (pas de ça dans mon cuvage, non mais ! ) je vous aime :-)

 Mais ce qui m'a fait le plus plaisir, ce sont les appréciations de mes confrères vignerons, bios ou non. Tous ceux qui sont passés me voir ne se sont pas prosternés à mes pieds à la dégustation de mes vins mais j'ai quand même été très heureux de leurs commentaires que j'ai pris comme autant de messages d'encouragement.

 J'ai pu aussi, ( devant l'affluence extraordinaire à mon stand :-), gouter quelques vins des collègues et je dois dire que j'ai été bluffé par certains d'entre eux. Les vins des Dupéré Barrera m'ont particulièrement impressionné par leur finesse, leur côté cristallin, même sur des millésimes très solaires comme 2009, et par cette sensation de trame commune que laissait la dégustation de leurs vins,  lisible en filigrane et qui sonne comme la marque d'une fabrique parfaitement contrôlée. Bravo à eux pour cette maitrise, qui imprime à leurs vins une identité propre au domaine, au delà des contingences afférentes à la diversité des sols et des cépages cultivés, des couleurs de vins vinifiées mais aussi des conditions météos propres à chaque millésime, un rêve pour le néo que je suis !  J'ai beaucoup aimé également les Rastau du domaine La Collière, notamment la cuvée haut de gamme issue de vignes plantées sur un sol d'argiles bleues, au fruit éclatant, des vins élevés en cuve béton, mode d’élevage qui semble préserver le fruit des vins. Un de mes amis, vigneron bio depuis trois générations, (si si ça existe!) (moi, trois aussi, mais trois ans :-) m’a encouragé récemment à élever une partie de mes vins en cuve béton, je crois que l'échange avec mon confrère de Rastau sur le salon  et surtout la dégustation de ses vins ont fini de me convaincre d'en faire l'essai dès l'année prochaine. J'ai une parcelle de Fleurie, au sol particulier qui produit des vins plutôt amples pour l'appellation avec un joli fruit, qui devrait bien s'élever dans ce type de contenant. A voir donc sur les 2012.  

  Il y avait aussi tout un paquet d'autres vins super, mais j'en ai goûté pas mal et comme je suis pas un dégustateur professionnel, je dois avouer qu'à la longue mes capacités d'analyse s'amenuisaient :-). Surtout qu'il y avait tellement de belles choses que j'ai vite eu tendance à oublier de cracher :-)

 Je me suis fait une réflexion pendant ce salon. Quand on démarre comme moi une carrière de viti, on éprouve parfois de la frustation à être dans une région monocépage. Chez nous, dans le Beaujolais, tout le monde le sait, notre unique produit de beauté c'est le gamay. Alors que chez les collègues vignerons du sud, c'est une avalanche de cépages, grenache, mourvèdre, syrah, carignan, cinsault... Quelle chance ils ont de pouvoir faire mumuse avec tout ça je me disais ! Mais finalement, à déguster les vins de mes collègues, à discuter avec eux sur les assemblages raisonnés qu'ils font de leurs différents cépages, je me rends compte du casse-tête que cela doit être pour un néo d'arrêter une gamme et de la suivre d'année en année en trouvant les meilleurs équilibres !

 C'est donc finalement plutôt pas mal de bosser avec un seul cépage quand tu as comme moi une très courte expérience de vinif. Autre élément qui a vraiment son importance, cela facilite in fine la lecture de ses terroirs. En 2010, j'avais vraiment constaté des différences sur mes vins en fonction des parcelles qui m'ont amené pour mes 2011 à produire non plus un Fleurie mais trois, avec chacun sa personnalité propre. Une amie géologue m'a permis de réaliser des analyses de sols assez complètes sur la quasi totalité de mes parcelles et c'est amusant de constater combien je peux maintenant relier la structure de mes sols à la structure de mes vins, les différentes natures de sol exprimant indubitablement des expressions de vin différentes. Ce qui me fascine le plus c'est de pouvoir constater combien la texture d'un sol influence la texture d'un vin. Des sols gras donnent des vins gras, des sols maigres des vins plus tendus. J'ai d'ailleurs une parcelle au sol singulier qui produit un vin singulier, un ancien pré à vaches planté en vignes au début des années 70, où la longue pâture des bêtes a modifié l'horizon primaire pour le charger en matières organiques et le rendre plus lourd quand le sous-sol, non affecté par la présence des ruminants, présente un profil plus classique des terroirs de Fleurie et est composé de sables issus de la dégradation du granite rose. Ces différents horizons de sol en quelque sorte "antinomiques" donnent un vin très particulier qui a la rondeur et le fruit liés à l'horizon primaire du sol où les racines trouvent la majeur partie de leurs éléments nutritifs, mais une finale d'une bonne longueur et plutôt minérale, sans doute due à la nature du sous-sol où plongent les racines les plus aventureuses de mes vignes. J'ai décidé d'en faire une cuvée à part pour les 2011, notre cuvée "une petite fleur", en clin d'oeil à la célèbre chanson du grand Georges Brassens. :-)

 Bon allez, je vous ai assez saoulés avec mes considérations pour aujourd'hui. En plus, je reçois en tout début d'après-midi un importateur, pour l'Angleterre cette fois, et j'ai deux trois trucs à préparer. J'espère que ça va continuer de rouler !

A dé !